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L’échéance des 40 ans pour le parc nucléaire français

Processus de décision, options de renforcement et coûts associés
à une éventuelle prolongation d’exploitation
au delà de 40 ans des réacteurs d’EDF

22 février 2014

Yves Marignac

Directeur

Rapport commandité par Greenpeace France


Une large part des 58 réacteurs nucléaires français s’approche des 40 ans de durée de vie, qui marquent à la fois le maximum prévu dans les études de conception des réacteurs, et le maximum autorisé dans le cadre réglementaire actuel. Pourtant, comme la situation brossée dans cette étude le montre, les conditions ne sont pas aujourd’hui réunies pour une gestion maîtrisée de cette échéance cruciale sur le plan des risques, des coûts et de la transparence des choix.

Il existe un grand risque d’aller vers des prolongations de réacteurs décidées par défaut dans un cadre politique et réglementaire insuffisant pour en fixer pleinement les exigences du point de vue de la sûreté, en mesurer sérieusement les conséquences du point de vue économique, et pour en assurer le caractère démocratique. Au delà des constats tirés de cette analyse, des actions doivent être engagées pour retrouver la maîtrise publique des décisions à prendre.

Aucune « décision » n’a donc été prise à ce stade en faveur ou contre la prolongation au delà de 40 ans de l’exploitation des réacteurs, que ce soit en termes d’orientation générale pour le parc ou d’autorisation individuelle réacteur par réacteur. Cette absence de décision ne signifie pas pour autant que les options restent indéfiniment ouvertes. Au contraire, la proximité croissante des échéances transforme de plus en plus l’inaction en décision par défaut.

Ainsi, la pyramide des âges du parc nucléaire d’EDF, caractérisée par l’effet de falaise lié à la montée en puissance très rapide au lancement du programme, n’offre plus que quelques années pour trancher la décision de prolongation ou d’arrêt des réacteurs à cette échéance de 40 ans.

Si les réacteurs étaient effectivement arrêtés au plus tard 40 ans après leur démarrage, la capacité nucléaire se maintiendrait pendant les trois prochaines années (jusqu’en 2017) avant de chuter de moitié d’ici 2025, de trois quarts d’ici 2029 et de sept huitièmes d’ici 2033.

Cette échéance majeure et prévisible n’a pourtant pas été réellement anticipée. L’effacement d’une telle capacité appelle un programme majeur de remplacement. Les actions de maîtrise de la consommation d’électricité, le développement de nouvelles capacités de production non nucléaires (en priorité renouvelables) ou la construction de nouveaux réacteurs sont les trois options disponibles pour maintenir l’approvisionnement en électricité. Qu’on les combine ou qu’on les oppose, elles représentent à l’échelle nécessaire un chantier colossal, et long à réaliser. Faute d’avoir été mis suffisamment tôt et clairement en débat, les choix stratégiques tardent à se dessiner.

Les engagements pris par le Président de la République dans le cadre de son élection en mai 2012, le Débat national sur la transition énergétique qu’il a mis en place, et les orientations qu’il a définies à son issue, dessinent des priorités claires : l’efficacité et la sobriété énergétiques et les énergies renouvelables d’une part, la baisse de la part du nucléaire pour atteindre 50 % de la production en 2025 d’autre part – en laissant toutefois ouverte la question de son évolution au-delà. Il reste néanmoins à traduire ces orientations dans une loi de programmation de la transition énergétique et à les mettre en œuvre, à travers notamment des outils de planification. En commençant pour cela, conformément à une conclusion consensuelle du Débat national sur la transition énergétique, par préciser au plus vite une stratégie d’évolution du parc nucléaire à l’horizon de 2025, et différentes options au delà.

Face au retard pris en matière d’élaboration d’une stratégie énergétique pour la gestion de l’arrivée à 40 ans du parc de réacteurs, la prolongation de la durée de vie des réacteurs apparaît aujourd’hui comme un moyen possible, voire indispensable, pour se donner du temps. C’est oublier que cette prolongation ne va pas de soi du point de vue de la sûreté et qu’elle reste au contraire très incertaine en termes de faisabilité technique autant que de coût.

Compte tenu des échéances proches d’atteinte de la limitede 40 ans par une large partie du parc de réacteurs, le temps est compté pour mettre en place des alternatives à la prolongation de leur durée de vie au delà. Le retard pris et l’insuffisance des efforts dans ce domaine conduisent aujourd’hui à parier implicitement sur une telle prolongation d’une partie importante au moins de ces réacteurs.
Or cette décision n’a pas été prise, et n’est pas acquise aujourd’hui du point de vue de la sûreté. Un effort considérable doit donc être engagé pour anticiper l’effet de falaise prévu entre 2017 et 2027, pour préciser quelle évolution du parc doit permettre d’atteindre l’objectif de 50 % de production nucléaire en 2025, et pour éviter tout fait accompli dans les choix de gestion des réacteurs.

Cette clarification est d’autant plus urgente que la gestion industrielle et financière de cette évolution du parc de réacteurs se prépare aujourd’hui. Or, si la politique énergétique n’a pas anticipé l’échéance des 40 ans, EDF a au contraire fixé sa politique industrielle. Celle-ci, qui privilégiait jusqu’au milieu des années 2000 un remplacement massif du parc de réacteurs par des EPR à partir de 2020 environ, s’est totalement réorientée vers une prolongation de l’ensemble des réacteurs au delà de 40 ans.

Ainsi, EDF s’est engagé dans une stratégie d’exploitation entre 50 et 60 ans dont la logique est simple : en maintenant les investissements liés à cette prolongation de la durée de vie en dessous des investissements nécessaires dans d’autres moyens de production, EDF rentabiliserait davantage encore le parc existant tout en s’épargnant des dépenses supplémentaires.

L’exploitant se prépare dans cette perspective à engager d’importants investissements qui, tout en s’inscrivant dans le respect des exigences de renforcement des réacteurs pour atteindre 40 ans, visent explicitement une exploitation plus longue. Les travaux engagés au cours ou à l’issue des réexamens de sûreté décennaux et la mise en œuvre des prescriptions issues des évaluations complémentaires de sûreté menées après la catastrophe nucléaire de Fukushima se mêlent à un programme de maintenance lourde pour former un plan de « grand carénage », dont le contenu et les contours d’application restent flous mais dont l’objectif est clairement de porter la durée de fonctionnement des réacteurs à 60 ans.

Il est naturel que l’industriel cherche à anticiper des investissements lourds, et nécessaire qu’il puisse le faire pour assurer la continuité, le cas échéant, d’un outil de production stratégique pour la Nation. Mais de tels investissements ne sont théoriquement engagés par un industriel que s’il dispose d’une visibilité suffisante pour limiter le risque, c’est-à-dire qu’il maîtrise les conditions dans lesquelles ces investissements pourront être rentabilisés. Dans le cas de la prolongation de la durée de vie des réacteurs, il s’agirait de pouvoir identifier en amont selon quels critères, à quelles conditions et donc au prix de quels renforcements cette prolongation pourrait, l’échéance venue, être obtenue.

Or, cette politique d’investissement se déploie alors même que l’Autorité de sûreté nucléaire a déclaré que la prolongation n’est pas acquise du point de vue de la sûreté, et qu’elle ne pourra se prononcer définitivement sur le principe de prolongation au delà de 40 ans qu’en 2018 ou 2019. Il existe donc un risque élevé que les investissements décidés par EDF, en portant les efforts sur la prolongation aux dépends des alternatives et en préemptant le niveau considéré comme raisonnable de travaux de renforcement, créent une pression économique et politique forte sur les conditions de sûreté exigibles pour autoriser cette prolongation. Le risque inverse, lié à un éventuel refus de prolonger la durée de vie, est tout aussi réel : la poursuite jusqu’à son échec de la stratégie d’EDF entraînerait en effet la perte des investissements réalisés et de grandes difficultés pour le système électrique.

L’engagement par EDF d’investissements préparant la prolongation de la durée de vie alors qu’un cadre précis d’exigences associées n’est pas établi est contraire à la pratique, qui veut qu’un industriel ne s’engage que dans un contexte de risques limités. Cette situation crée un fait accompli en faveur de la prolongation, aux dépens éventuels des alternatives d’une part et des exigences de sûreté d’autre part.
Il revient donc aux pouvoirs publics d’assurer au plus vite, sans préempter à leur tour les décisions qui restent à prendre, les conditions d’une bonne articulation de la définition des orientations de la politique énergétique d’abord, de la clarification des exigences de sûreté applicables à une éventuelle prolongation ensuite, et enfin des conditions d’engagement des investissements correspondants.

L’élément fondamental de toute décision maîtrisée sur l’éventuelle prolongation des réacteurs est celui des conditions dans lesquelles la sûreté de la poursuite de cette exploitation pourrait être assurée. Or ce point est aujourd’hui loin d’être résolu.

La sûreté intrinsèque des réacteurs, tels qu’ils ont été conçus et construits à l’origine, pose dans la perspective d’une poursuite d’exploitation au delà de 40 ans deux questions majeures. La première porte sur les effets du vieillissement de ces réacteurs, qui peuvent s’analyser pour la partie matérielle en termes de sénescence d’une part et d’obsolescence d’autre part. La seconde concerne l’intégration du retour d’expérience de Fukushima.

La sénescence frappe, selon des mécanismes de nature très différente en fonction des matériaux et de leurs conditions d’utilisation, l’ensemble des matériaux du réacteur. Elle entraîne à la fois une dégradation connue des performances d’équipements lourds non ou difficilement remplaçables, au premier rang desquels la cuve du réacteur et son enceinte, et une dégradation diffuse, impossible à tracer et à contenir dans son intégralité, de l’ensemble des composants. L’obsolescence vise la conception, et parfois même la disponibilité industrielle de composants. Elle génère une difficulté croissante à maintenir le niveau de sûreté du réacteur par rapport à ses exigences de sûreté, et plus encore à adapter le réacteur à l’évolution des exigences, l’interface entre les anciens et les nouveaux éléments posant par exemple des difficultés de plus en plus complexes.

Ces deux phénomènes peuvent être combattus par divers moyens, et leurs effets retardés, mais ils ne peuvent être empêchés. Il est en ce sens illusoire de prétendre rendre indéfiniment les réacteurs intrinsèquement plus sûrs. L’enjeu est au contraire de compenser un affaiblissement inéluctable de certaines lignes de défense par le renforcement d’autre lignes, et la question posée est celle de l’équilibre résultant de cette évolution croisée.

Ce problème est d’autant plus difficile que dans le même temps, le retour d’expérience de l’exploitation du parc de réacteurs français et des accidents observés dans le monde vient renforcer les exigences mêmes. Les réacteurs existants ont pour l’essentiel été conçus et construits avant les accidents survenus à Three Mile Island en 1979 et à Tchernobyl en 1986, dont les enseignements ont donné lieu à des modifications conséquentes mais nécessairement limitées.

Leur sûreté est encore plus impactée par la catastrophe de Fukushima, qui remet profondément en cause certains principes appliqués jusqu’ici dans la démarche de défense en profondeur, et dont les leçons continuent d’être tirées. En particulier, les conclusions tirées des Évaluations complémentaires de sûreté soulignent la nécessité de réviser le dimensionnement des réacteurs et de renforcer leur tenue aux agressions, de mieux prendre en compte le « potentiel de danger » que représentent les réacteurs et leurs piscines, et de compléter les dispositifs de sûreté par une ligne de défense ultime aussi robuste que possible, dénommée « noyau dur ».

Les réacteurs ont été conçus pour une durée de vie technique ne dépassant pas 40 ans, et le parc nucléaire a été déployé pour l’essentiel avant les accidents nucléaires, dont le retour d’expérience n’est introduit qu’à posteriori. La prolongation de leur exploitation suppose l’application d’exigences de sûreté plus strictes, telles qu’elles s’imposent progressivement après Fukushima, à des réacteurs non conçus pour ce genre de scénarios, et dont le vieillissement augmente la vulnérabilité.
Aussi, il n’est pas certain que les solutions techniques existent pour concilier durablement ces contraires avec un niveau de confiance suffisamment élevé.

La réponse à cette question dépendra en réalité du niveau d’exigences qu’il s’agira précisément d’atteindre. On peut noter de ce point de vue que les processus en cours, notamment les visites décennales et leurs suites et les Évaluations complémentaires de sûreté et leurs suites, débouchent sur un certain nombre de prescriptions directement applicables mais limitées, et d’autres plus importantes mais qui restent pour l’instant à l’étape d’études à réaliser ou de propositions à formuler.

Ce processus reste toutefois incomplet à plusieurs titres, en particulier vis-à-vis d’une projection au delà de 40 années de fonctionnement. Par exemple, les Évaluations complémentaires de sûreté ne prennent pas en compte le vieillissement des composants lourds et non ou peu remplaçables, en particulier la dégradation de la capacité de la cuve et de l’enceinte à résister à des scénarios d’accident plus sévères que les accidents sans fusion de cœur considérés comme les plus pénalisants dans le référentiel en vigueur. Ils ne prennent pas non plus en compte l’effet diffus du vieillissement, qui fait croître l’incertitude sur le degré de conformité des équipements du réacteur à leur niveau de performance supposé. Enfin, les prescriptions actuelles ne poussent pas à son terme la démarche initiée après Fukushima en limitant le champ des agressions considérées, des événements initiateurs d’accident et des équipements à redimensionner pour y faire face.

Ainsi, des questions majeures devront être tranchées, telles que la révision des événements initiateurs et des événements accidentels considérés comme exclus à la conception (tenue de la cuve), celle de l’ensemble des agressions considérées et des niveaux de résistance associés pour les composants concernés, la définition des exigences de maintenance préventive pour faire face au risque de vieillissement, la révision des exigences de robustesse de l’installation aux conséquences d’un accident grave (tenue des enceintes), ou encore le niveau de prévention et de protection contre les accidents majeurs applicable aux piscines d’entreposage du combustible.

En d’autres termes, c’est à une révision en profondeur du référentiel de sûreté des réacteurs qu’appelle le passage éventuel à plus de 40 ans de fonctionnement dans le contexte de l’après-Fukushima. De ce point de vue, la référence à un niveau de sûreté « aussi proche que raisonnablement possible » de celui des nouveaux réacteurs dits de « troisième génération » tels que l’EPR ne saurait suffire pour deux raisons au moins. D’une part, ces réacteurs obéissent eux-mêmes à des règles et à une logique de conception antérieurs à la catastrophe de Fukushima et qui pourraient être fortement révisées à l’issue du long processus de retour d’expérience engagé sur cet accident. D’autre part, si les objectifs fixés aux réacteurs neufs en termes de limitation des accidents et de leurs conséquences peuvent être retenus, les moyens nécessaires – donc le référentiel – pour atteindre les mêmes objectifs sur des réacteurs vieux de 40 ans et non conçus pour cela ne peuvent qu’être différents.

Les difficultés soulevées par le maintien d’exigences fortes de sûreté pour des réacteurs affectés par différents phénomènes de vieillissement d’une part, par l’intégration complète des enseignements de Fukushima d’autre part, et par le croisement qui reste à faire de ces deux problématiques sont importantes. Il ne s’agit pas de poursuivre le processus d’amélioration continue du référentiel qui a prévalu jusqu’ici, mais de poser un cadre adapté à ces enjeux nouveaux.
Il semble dès lors incontournable de définir un référentiel de sûreté spécifique pour l’exploitation des réacteurs au delà de leur dimensionnement initial de 40 ans. Les principes et les exigences de ce nouveau référentiel doivent être élaborés sans attendre, dans le cadre d’un processus ouvert et pluraliste garantissant l’intégration de l’ensemble des préoccupations. Ces orientations devraient guider l’élaboration et la qualification des moyens d’atteindre les objectifs fixés, et non l’inverse comme on l’observe aujourd’hui.

Au delà de l’élaboration du référentiel, l’ensemble du processus de décision doit être révisé pour atteindre deux objectifs. Le premier est de respecter les principes constitutionnels du droit environnemental d’accès à l’information et de participation du public aux décisions. Le second est d’assurer l’articulation des décisions relatives à la sûreté et celles relatives à l’opportunité d’éventuelles prolongations, le tout en cohérence avec les orientations générales de la politique énergétique.

Le processus actuellement en place est basé dans le cas des réexamens décennaux comme des évaluations complémentaires de sûreté sur une très grande latitude d’appréciation donnée à l’ASN, sans dispositions fortes d’accès à l’information et de participation du public aux décisions. Ce processus ne semble pas en l’état réplicable aux décisions à prendre sur des prolongations au delà de 40 ans.

La nécessité de refonder le référentiel de sûreté pour répondre aux enjeux spécifiques de cette prolongation conduira très probablement à des aménagements très significatifs, par exemple sur les contraintes admissibles au niveau de la cuve du réacteur, de son enceinte et de son radier ou de la piscine, qui devraient constituer des « modifications notables » au sens où l’entend la réglementation applicable aux Installations nucléaires de base.

Dans ce sens, il semble légitime d’assimiler l’éventuelle prolongation de chaque réacteur au delà de 40 ans à la création d’une nouvelle installation, ce qui conduit à lui appliquer une procédure d’autorisation dans laquelle la décision de l’ASN est précédée, entre autres, d’une procédure d’enquête publique.

Le niveau d’investissement potentiellement nécessaire pour le renforcement de chacun des réacteurs dépasse, quelques soient les hypothèses, le seuil de 300 M€ qui conduit lors de la création d’une INB, à laquelle un projet de prolongation pourrait donc être assimilé, à une saisine obligatoire de la Commission nationale du débat public. Cette saisine peut en théorie déboucher sur une procédure de débat public, qui précède l’enquête publique et qui permet notamment d’articuler la mise en débat des exigences de sûreté avec celle de l’opportunité de la prolongation en regard d’autres considérations industrielles et énergétiques. Une option envisageable dans cette perspective consiste également à traiter la question en amont des premières décisions dans le cadre d’un débat sur les orientations d’une politique générale vis-à-vis de la prolongation de la durée de vie des réacteurs.

Enfin, ces procédures de consultation, quelles que soient leur forme, devront s’articuler avec un processus général de décision cohérent avec les orientations de la politique énergétique. Outre le besoin d’introduire une disposition autorisant le gouvernement à décider de la fermeture de réacteurs pour des raisons de politique énergétique, un véritable système de planification, d’évaluation et d’ajustement du dimensionnement du parc nucléaire dans la politique énergétique est nécessaire.

Autour d’une durée de fonctionnement de référence de 40 ans pour les réacteurs, tout en soulignant qu’elle n’est jusqu’ici acquise que pour 5 d’entre eux, ce dispositif doit permettre de fixer combien de réacteurs, et éventuellement lesquels, ferment par une sorte d’exception avant cette échéance, et combien de réacteurs, et éventuellement lesquels, poursuivent par une sorte d’exemption leur exploitation au delà. Ce dispositif doit notamment permettre de maîtriser le phasage des décisions et des engagements de travaux éventuels de renforcement en cohérence avec les échéances de fin d’exploitation actuelle des réacteurs. En termes de calendrier, le processus devra également offrir des garanties contre le type de dérive que l’on observe aujourd’hui dans la mise en œuvre des prescriptions applicables.

L’échéance des 40 ans de durée de vie des réacteurs est trop importante pour la gérer selon le même processus de décision que ceux qui sont actuellement appliqués au renforcement continu de la sûreté, qui présentent des lacunes en termes d’information et de participation. La décision d’un éventuel fonctionnement au delà de 40 ans suppose des modifications notables, et doit en ce sens être assimilée du point de vue réglementaire à la création d’une nouvelle installation, dotée d’un nouveau référentiel.
Le processus de décision reposerait alors sur une procédure d’enquête publique, précédée le cas échéant d’une procédure de débat public. Plus largement, les pouvoirs publics doivent définir les outils de planification, d’évaluation et de suivi dont ils comptent se doter pour articuler autour de ces procédures un processus de décision cohérent avec les orientations de politique énergétique. Ils doivent également préciser la manière dont ils comptent maîtriser le calendrier du processus, tant du point de vue du bon phasage entre décisions et éventuels travaux que du point de vue des échéances de réalisation éventuelle de renforcements liés à la prolongation.

Une fois posée la nécessité d’élaborer un référentiel spécifique adapté à une éventuelle prolongation au delà de 40 ans et de définir le processus de décision associé, celui-ci doit pouvoir s’appuyer sur des éléments de choix qui manquent singulièrement dans le paysage actuel : d’un côté, l’ASN s’engage sur les principes mais reste beaucoup plus prudente sur les exigences et type de renforcements applicables à une éventuelle prolongation de durée de vie, repoussant cette clarification de plusieurs années ; de l’autre EDF annonce sa volonté de préparer la prolongation à travers un programme de grand carénage de son parc dont il ne communique pas le détail.

On propose ici, en vue d’éclairer les choix et de contribuer à une clarification de leurs véritables options par les principaux acteurs du dossier, une démarche consistant à décliner différents scénarios correspondant à des degrés différents d’exigences.

En termes d’orientations, le premier consiste à s’appuyer au maximum sur les dispositions existantes des réacteurs, jugées suffisamment robustes et pérennes, en justifiant par les marges existantes la maîtrise des effets du vieillissement et en limitant les renforcements ; le deuxième cherche à compenser un effet consenti de dégradation de certaines lignes de défense initiales du réacteur par le renforcement d’autres lignes et par l’introduction de nouvelles, en visant un bilan positif pour la sûreté ; le troisième cherche à la fois à lutter autant que possible contre l’affaiblissement des lignes initiales et à renforcer autant que possible la sûreté par la consolidation des lignes existantes et l’ajout de nouvelles.

La déclinaison des approches ainsi résumées à l’ensemble des préoccupations issues de l’analyse des phénomènes de vieillissement et des enseignements de Fukushima conduit à différencier ces trois scénarios sur une petite quarantaine de postes correspondant à sept grands volets d’action : le renforcement de la protection du réacteur contre les agressions externes, de la robustesse des équipements diffus, de la robustesse intrinsèque du réacteur, de la robustesse intrinsèque de la piscine d’entreposage, des équipements d’instrumentation et de mitigation sur le réacteur et sur la piscine, et enfin des moyens de gestion et de secours.

Les scénarios ainsi dessinés n’ont ni la vocation d’être exhaustifs, ni la prétention d’être rigoureusement cohérents. Ils ne reposent évidemment pas sur une analyse détaillée, et encore moins sur une démonstration de sûreté qui sont très largement hors de portée du présent exercice. Cette analyse vise essentiellement à illustrer que sur pratiquement chacun des postes considérés, les niveaux d’exigence peuvent conduire à des prescriptions sensiblement différentes, voire extrêmement distinctes. Elle met ainsi en évidence, sans en épuiser la liste, des points clés de la discussion à mener sur les exigences applicables. On peut notamment souligner, parmi les points les plus sensibles, la nécessité ou non d’un renforcement des enceintes de bâtiments réacteurs, celle de la construction d’une enceinte béton pour les bâtiments combustibles, la mise en place d’un récupérateur de corium sous la cuve et celle d’une enceinte géotechnique autour du réacteur, le niveau d’indépendance et de bunkérisation de la salle de commande et celui du noyau dur, ou pour finir le degré de maintenance préventive des équipements contribuant à la protection contre les agressions.

L’analyse de différents scénarios correspondant à différents niveaux d’exigences, et la déclinaison a priori du type de renforcements qui en découle, constitue un exercice intéressant pour rendre compte des différences induites en termes de niveau de sûreté et de modifications nécessaires des installations.
Cet exercice ne préjuge pas de la faisabilité détaillée de ces opérations et de la faisabilité de la démonstration du niveau de sûreté correspondant. Mais il permet de souligner l’écart majeur qui existe entre une interprétation a minima de nouvelles exigences, conduisant de fait à une dégradation de la sûreté réelle par la consommation des marges existantes, et une interprétation forte reposant notamment, pour renforcer la sûreté malgré le vieillissement, sur des travaux importants de renforcement de l’enceinte des réacteurs, d’ajout d’une enceinte pour les piscines d’entreposage, d’efforts de bunkerisation, de génie civil et de maintenance lourde.
En conséquence, ces quelques points cruciaux pour le niveau de sûreté recherché dans une éventuelle prolongation doivent être tranchés au plus vite.

L’élaboration de scénarios permet, pour finir, de proposer un éclairage important sur les conditions économiques d’une éventuelle prolongation de la durée de vie à 40 ans, grâce à une évaluation des coûts d’investissement unitaires associés aux différentes opérations listées dans ces scénarios.

Cette comparaison est utile à double titre. D’une part, elle doit permettre d’éclairer les évaluations proposées jusqu’ici par EDF, qui ont régulièrement augmenté au cours des cinq dernières années pour porter fin 2013 à 50 ou 55 Md€ le coût estimé du programme de grand carénage, sans connaître le détail des opérations comprises et des estimations de coûts associés. D’autre part, elle doit permettre d’identifier les écarts possibles entre les scénarios et les principaux facteurs constitutifs de ces écarts. Elles contribuent ainsi à mettre en lumière la nature des arbitrages à rendre, le cas échéant, entre la rentabilité d’éventuelles prolongations de réacteurs et le niveau de sûreté exigé.

L’évaluation proposée ici reste toutefois limitée et fragile. Elle l’est d’abord par les limites de son périmètre. Non seulement l’évaluation ne porte que sur une sélection d’opérations de renforcement identifiées, et ne peut donc prétendre à l’exhaustivité, mais elle ne prend surtout en compte que les coûts d’investissement de renforcement ou de maintenance lourde engendrés par ces opérations.

Ainsi, d’autres coûts potentiellement importants ne sont donc pas pris en compte. Les premiers sont les coûts de maintenance des équipements les plus diffus et de gestion de l’obsolescence, qui peuvent notamment nécessiter la constitution d’importants stocks de pièce, soit dans une logique de recouvrement lorsque plusieurs années sont nécessaires à la qualification d’une nouvelle pièce qui n’est plus fabriquée, soit dans une logique de stock de fin de vie lorsqu’une pièce ne va définitivement plus être fabriquée. Les seconds sont les coûts générés par l’augmentation prévisible de la durée et/ou de la fréquence des arrêts de réacteurs. Le vieillissement engendre en effet un risque croissant de défaillances, qui peuvent soit être évitées par une augmentation des durées d’arrêt programmés pour intégrer une maintenance préventive plus lourde, soit être gérées de façon réactive au prix d’une multiplication des arrêts consécutifs à des incidents.

Cette évaluation est également fragile par manque de données chiffrées sur les coûts pour faire une évaluation précise et documentée. Elle procède ainsi sur de nombreux postes, qui constituent des opérations relativement inédites sur les réacteurs sous des aspects techniques ou par l’ampleur envisagée, par analogie et extrapolations avec des opérations déjà réalisées et dont les informations publiques fournies par EDF (ou dans certains cas, par d’autres opérateurs à l’étranger) permettent de connaître les coûts. De plus, l’expérience montre que les coûts prévisionnels annoncés en général par les exploitants sont significativement inférieurs aux coûts constatés des opérations une fois réalisées. Cette incertitude est traitée par l’application de fourchettes larges autour des estimations centrales retenues.

Les chiffres ainsi obtenus ne constituent donc que des ordres de grandeur, mais ils sont suffisamment éclairants sur les enjeux qui peuvent lier les exigences de sûreté et celles de rentabilité pour alerter sur les risques que cela représente et pour appeler à la production de données plus précises. Ainsi, l’influence du niveau d’exigences sur le coût de renforcement apparaît très clairement : la fourchette de coût, même large, d’un scénario bas (220 à 520 M€ environ par réacteur) reste dans tous les cas plus basse que celle d’un scénario médian (770 M€ à 2 Md€), elle même toujours inférieure à celle d’un scénario haut (2,5 à 6,2 Md€). De plus, l’écart provient pour plus de la moitié de quelques postes qui font figure de points cruciaux dans un référentiel adapté à l’application d’exigences post-Fukushima a des réacteurs de plus de 40 ans, principalement autour du niveau d’indépendance et de robustesse des noyaux durs d’une part, de la création d’une enceinte pour la piscine d’autre part.

Les coûts de renforcement des réacteurs associés à une éventuelle prolongation de la durée de vie restent très incertains, dans la mesure d’une part où le périmètre des opérations concernées n’est pas défini et d’autre part où l’estimation du coût de ces opérations, souvent inédites, reste difficile. En l’absence de références, l’application de ces estimations à différents scénarios éclaire toutefois la question des coûts.
Il ressort en premier lieu que le coût, qui pourrait être limité aux environs de 500 M€ par réacteur dans une perspective de sûreté dégradée incompatible avec les exigences tirées de Fukushima, risque en revanche d’atteindre 1,5 Md€ par réacteur dans un scénario d’exigences plus marquées, et pourrait dépasser 4 Md€ dans une démarche d’application systématique des meilleures garanties de sûreté s’approchant des exigences fixées pour de nouveaux réacteurs.
Ce coût risque donc d’être très supérieur au coût annoncé par EDF pour son plan de « grand carénage », qui correspond à moins de 1 Md€ par réacteur. De plus, quelques postes clés pour le renforcement de la sûreté, liés pour l’essentiel à la bunkérisation d’éléments vitaux pour la sûreté des réacteurs, concentrent dans toutes les fourchettes près de la moitié du coût total.
Ces résultats confirment le risque que fait peser sur les exigences de sûreté la rentabilité d’éventuelles prolongations et la nécessité de clarifier, avant toute décision, les enjeux économiques de ces opérations.


Avec l'autorisation des auteurs, source : http://www.global-chance.org/IMG/pdf/ymarignac-conclusionsecheance40ans.pdf

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1000 milliards d’euros de coût possible pour un accident nucléaire majeur
en France selon l’IRSN



L’IRSN vient de mettre en ligne l’étude sur le coût d’un accident nucléaire en France qui avait été rendue publique en anglais le 6 novembre 2012 au forum Eurosafe à Bruxelles. Rien de nouveau dans cette publication qui avait déjà été reprise par de nombreux médias et traduite par nos propres soins. Toutefois, cette publication sur le site même de l’IRSN officialise l’information qui avait été reléguée dans une note de bas de page du rapport de la Cour des Comptes sur les coûts de la filière électronucléaire : un accident nucléaire majeur pourrait coûter à la France jusqu’à 1000 milliards d’euros.

Evidemment, l’IRSN ne l’annonce pas ainsi. Comme d’habitude, l’institut fournit des moyennes qui, de fait, minimisent l’information, bien que 430 milliards d’euros soit déjà un coût exorbitant à faire pâlir nos dirigeants et leurs électeurs. Pour avoir une véritable idée du coût possible d’un tel accident, il faut reprendre les données de l’IRSN pour en déduire les estimations basse et haute.

L’estimation basse retenue par les économistes de l’IRSN est à -60% de l’estimation moyenne, ce qui porte le montant total des coûts à 171 milliards d’euros.

L’estimation haute est quant à elle à +120% de l’estimation moyenne, soit 939 milliards d’euros arrondis à 1000 milliards par la Cour des Comptes.



Estimation basse

Md€-60%

Estimation moyenne

Md€

Estimation haute

Md€+120%

Coûts sur site

?

8

?

Coûts radiologiques hors-site

?

53

?

Territoires contaminés

?

110

?

Coûts en termes d’image

?

166

?

Coûts liés à la production d’énergie

?

90

?

Total

171

427

939


Ainsi, pour des raisons inexpliquées et en contradiction avec l’effort de transparence déjà engagé pour d’autres informations, l’IRSN ne publie pas l’étude complète mais seulement un résumé dont les données sont lacunaires. Ces données sont pourtant connues de l’IRSN depuis longtemps puisque la Cour des Comptes y faisait déjà référence en janvier 2012.

Or, que doit connaître un décideur pour prendre les bonnes décisions ? L’info ou la moitié de l’info ? Il est évident qu’un politique doit prendre en compte les deux bornes de l’estimation avant d’engager sa responsabilité et celle du pays entier. Il est très important qu’il sache à quoi il s’engage quand il fait prendre le risque à tous les Français de devoir payer 1000 milliards d’euros et de mettre le pays à genou.

Quoi qu’il en soit, il est maintenant démontré que le coût réel de l’électricité nucléaire ne correspond absolument pas au coût du kWh facturé puisque les dépenses générées par un accident nucléaire ne sont jamais prises en charge par l’opérateur mais par l’Etat. Dernier exemple en date, celui de Fukushima où l’exploitant Tepco reçoit régulièrement des milliards de yens de l’Etat japonais pour être en mesure (mais de manière très insuffisante) de payer les charges qui lui incombent. C’est ainsi que les constructeurs de centrales nucléaires, puis les exploitants, encaissent toujours les bénéfices de leurs activités nucléaires lucratives mais ne paient jamais complètement les dépenses provoquées par les accidents. Au final, ce sont les citoyens qui paient la différence par leurs impôts (en plus d'être évacués et irradiés !).

Si vous n’êtes pas d’accord avec ce système, vous pouvez participer à une campagne lancée par Greenpeace International qui demande à ce que les constructeurs payent les dommages que leurs réacteurs causent dans le monde. Cliquer sur l’image ci-dessous pour accéder à l’action.

20 février 2013

Avec l'autorisation des auteurs, source : http://www.fukushima-blog.com/article-1000-milliards-d-euros-de-cout-possible-pour-un-accident-nucleaire-majeur-en-france-selon-l-irsn-115535858.html

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Le réacteur Astrid : miracle technologique ou dangereuse chimère ?

Dernière mise à jour : juillet 2012

Début juillet 2012, à l’occasion de la signature d’un accord entre le CEA et Bouygues Construction, un projet nucléaire bien discret est sorti de l’ombre : le réacteur Astrid.
Ce prototype est le représentant de la fameuse « 4ème génération » de réacteurs : une étiquette bien moderne pour un projet qui, pourtant, n’a rien de fondamentalement nouveau. Quelles sont les caractéristiques d’Astrid ? Pourquoi l’industrie nucléaire y tient-elle autant ? Et quels sont les risques et les déboires liés à ce projet chimérique ?

Astrid, kézaco ?

Astrid : ce sigle en forme de joli prénom est censé être le prototype d’un nouveau modèle de « réacteur à neutrons rapides au sodium ». Ce réacteur dit de « 4ème génération » [1], présenté par le Commissariat à l’Énergie Atomique (CEA) comme « une rupture technologique avec tout ce qui s’est fait jusqu’alors », n’est pourtant qu’une version à peine modifiée de Superphénix, le surgénérateur fermé en 1997 après une douzaine d’années d’activité réduite pour cause de pannes multiples.

Le projet Astrid est porté depuis 2006 par le CEA, en partenariat avec Areva, EDF, Bouygues Construction, Alstom… En 2010, il avait déjà bénéficié de 650 millions d’euros dans le cadre du « grand emprunt pour les investissements d’avenir ». Les pouvoirs publics sont censés décider de sa poursuite dans les années à venir. Si tel était le cas, la réalisation du prototype de 600 MW débuterait en 2017 (la fabrication des cœurs commençant, elle, en 2016), pour une mise en service prévue vers 2020. L’exploitation commerciale de réacteurs d’un modèle comparable commencerait censément vers 2040.

Une technologie miracle ?

Tout en laissant à la filière EPR le temps d’un déploiement dans les décennies à venir (déploiement toutefois compromis par les déboires des chantiers de Flamanville et Olkiluoto), Astrid ouvre des perspectives alléchantes pour l’industrie nucléaire.

En effet, ce réacteur pourrait, nous dit-on, « recycler » bon nombre de matières nucléaires, en utilisant comme combustible aussi bien de l’uranium peu enrichi, de l’uranium appauvri et du plutonium que des combustibles usés. « Un parc de [réacteurs à neutrons rapides] d’une puissance équivalente à l’actuel parc EDF français pourrait ainsi fonctionner durant au moins 2500 ans avec les seuls combustibles « usés » et l’uranium appauvri ou de retraitement entreposés aujourd’hui dans les installations françaises ! », prétend ainsi le CEA. Dans la mesure où il produit du plutonium, le réacteur Astrid pourrait aussi produire son propre combustible, réglant le problème d’une éventuelle pénurie d’uranium. Une option parfaite, permettant de générer de l’énergie à l’infini ?

Selon le CEA, Astrid permettrait aussi de réduire la durée de vie de certains déchets, les « actinides mineurs » : par le processus dit de transmutation, ces matières nucléaires se transformeraient en d’autres dotées d’une période radioactive plus courte (mais toujours supérieure à plusieurs siècles !).

Le mythe du combustible inépuisable

De l’énergie à l’infini ? Cela semble trop beau pour être vrai. À tel point que même d’ardents promoteurs du nucléaire nuancent les affirmations enthousiastes du CEA, soulignant que démarrer un seul « réacteur à neutrons rapides » de taille industrielle nécessite dans les faits de réunir une énorme quantité de plutonium. De facto, choisir cette option « oblige » à poursuivre le nucléaire et à construire de nouveaux réacteurs « classiques » pour produire ce plutonium.

Un alibi pour esquiver le problème des déchets

Astrid constitue ni plus ni moins qu’un alibi pour l’industrie atomique : pour démarrer la filière des réacteurs de 4ème génération, il faut construire d’autres réacteurs avant… Et surtout, la perspective d’un « recyclage » futur du combustible usé et du plutonium fournit une formidable caution pour continuer à faire tourner les centrales sans se soucier des dangereuses matières qu’elles produisent !

En effet, le droit français considère que toute matière radioactive qui peut connaître une utilisation ultérieure, même dans un futur complètement hypothétique, n’est pas un déchet mais une « matière valorisable ». La perspective de l’émergence de cette 4ème génération de réacteurs dans plusieurs décennies contribue donc depuis des années à soustraire de l’inventaire des déchets radioactifs des centaines de tonne de plutonium, des dizaines de milliers de tonnes d’uranium irradié et des centaines de milliers de tonnes d’uranium appauvri. Cela représente donc un stock colossal de matières dangereuses dont la gestion n’est pas prise en compte dans le coût des déchets nucléaires, et que l’industrie nucléaire se contente pour l’instant d’accumuler.

Renoncer Astrid reviendrait donc à faire tomber cet écran de fumée… et à faire ainsi exploser la facture officielle des coûts du nucléaire. Un risque que les gouvernements successifs ne semblent pas prêts à prendre.

Une technologie à hauts risques

Penchons-nous ensuite sur les risques spécifiques à la technologie des réacteurs à neutrons rapides au sodium. Il semble en effet que les partisans de cette filière aient décidé de jouer avec le feu !

Rappelons d’abord que le plutonium, combustible utilisé et « produit » dans ce réacteur, est une matière d’une extrême toxicité, dont il suffit d’inhaler un microgramme pour développer un cancer mortel du poumon. L’utilisation de plutonium multiplie également les risques de prolifération nucléaire, dans la mesure où il suffit d’en réunir quelques kilos pour fabriquer une bombe. Enfin, le plutonium est bien plus prompt que l’uranium à déclencher des réactions en chaîne incontrôlées. Il accroît ainsi le risque d’un « accident de criticité », comparable à celui survenu à Tchernobyl.

De plus, le réacteur Astrid utilisera du sodium comme fluide caloporteur. Or cet élément a la propriété de s’enflammer au contact de l’air et exploser au contact de l’eau. Sur des réacteurs similaires, plusieurs fuites de sodium sont déjà survenues, menant parfois à de dangereux incendies (le réacteur de Monju, cousin japonais d’Astrid, est ainsi resté arrêté quinze ans suite à un tel accident). Et de l’aveu même du CEA, les propriétés de ce fluide complexifient sérieusement les opérations dans le réacteur : "le sodium utilisé comme fluide caloporteur est chaud (au minimum 180 °C, et 550 °C dans le coeur) et opaque. Cela ne facilite pas l’inspection des installations en fonctionnement. Il faut développer des capteurs spéciaux, à ultrasons par exemple, pour pouvoir effectuer des inspections sans devoir évacuer le sodium, une opération longue et délicate qui grève lourdement la disponibilité d’une telle installation." [2]. Le réacteur de Monju en a fourni un bon exemple. En août 2010, une pièce métallique de 3,3 tonnes était tombée dans sa cuve. Les opérations à effectuer pour le récupérer se sont révélées si compliquées, du fait de la présence du sodium, que son redémarrage est impossible.

Les risques liés à cette filière avaient ainsi amené J. P. Pharabod, ingénieur EDF, à déclarer à propos de l’ancêtre d’Astrid, qu’il « n’[était] pas déraisonnable de penser qu’un grave accident survenant à Superphénix pourrait tuer plus d’un million de personnes » [3]. Quelques décennies après, le peu d’améliorations apportées ne permettent pas d’espérer une amélioration de la sûreté.

Que dire enfin du démantèlement futur de tels réacteurs ? Le chantier de démantèlement de Superphénix est un casse-tête. Quinze ans après l’arrêt, il faut continuer à refroidir les combustibles. Et pour « neutraliser » les 5500 tonnes de sodium présentes sur le site, la seule solution est de les transformer en soude par un système de goutte à goutte pour les couler dans du béton, un processus qui durera des années.

Pourquoi donc la France a-t-elle choisi de se lancer à nouveau dans cette filière aberrante ? Probablement parce qu’elle souhaitait se reposer sur l’expérience de Superphénix, même si celle-ci s’est avérée catastrophique.

Déboires innombrables et coûts exorbitants

652 millions d’euros ont déjà été prévus pour le développement d’Astrid. Ce n’est probablement que le début si l’on considère les expériences passées : selon la Cour des Comptes, le réacteur Superphénix aura ainsi coûté 12 milliards d’euros.

Par ailleurs, les caractéristiques de ce type de réacteurs semblent favoriser la multiplication des pannes et incidents. En douze ans, Superphénix n’aura produit d’électricité que pendant 53 mois, et n’aura fonctionné à pleine puissance que pendant moins de 200 jours. Le réacteur de Monju, quant à lui, n’aurait produit d’électricité que pendant une heure de temps [4] ! Enfin, même pendant les arrêts, les combustibles doivent continuer à être refroidis et le sodium doit être maintenu liquide, ce qui nécessite une consommation d’énergie constante et importante. Le bilan tant économique qu’énergétique de ces réacteurs peut donc s’avérer très médiocre, voire négatif.

Une filière à abandonner d’urgence !

Il était question que la décision sur la poursuite du projet Astrid soit prise dans le cadre du débat sur la transition énergétique, mais rien n’est officiellement paru pour le moment. Le projet est-il repoussé, ou les négociations sont-elles bien discrètes ? Dans tous les cas, le gouvernement actuel semble tout aussi favorable à Astrid que l’était le précédent, et il serait inadmissible que nous soyons placés devant le fait accompli du lancement de cette filière.

Les risques d’Astrid sont inacceptables, et il serait révoltant, a fortiori en période de crise économique, de gaspiller des milliards dans une telle chimère technologique. Au lieu de se leurrer avec le « nucléaire du futur », la France devrait investir d’urgence et de façon massive dans les économies d’énergie et les énergies renouvelables.

Une fois encore, l’Allemagne nous offre un exemple à suivre : nos voisins d’Outre-Rhin ont arrêté à temps la construction d’un tel réacteur et ont préféré le transformer… en parc d’attractions [5] !

Notes
[
1] Notons que la France s’investit également dans d’autres projets de réacteurs dits de « 4ème génération », notamment des réacteurs au plutonium utilisant du gaz comme fluide caloporteur.
[
2] Les défis du CEA n°152, juillet-août 2010.
[3] Science et Vie n°703, avril 1976
[
4] « Japan Strains to Fix a Reactor Damaged Before Quake », The New York Times, 17 juin 2011 http://www.nytimes.com/2011/06/18/world/asia/18japan.html
[5] http://inhabitat.com/dismantled-german-nuclear-plant-transformed-into-incredible-wunderland-kalkar-amusement-park/


Avec l'autorisation des auteurs, source : http://www.sortirdunucleaire.org/reacteur-Astrid

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Février 2014

Témoignage suite à l’accident au CEA-Grenoble

Irradié puis radié

Le 23 août 2013, un travailleur est irradié au cours d’une opération de tri de déchets radioactifs sur un site du CEA (Commissariat à l’énergie atomique) à Grenoble. Il travaillait au contact de béton censé être « très faiblement actif ». Dix jours plus tard, le CEA de Grenoble communique laconiquement : « Il a été constaté que l’un des opérateurs d’une entreprise de démantèlement a été potentiellement exposé à une dose de rayonnement inhabituelle. » Cet événement nucléaire est classé, par l’Autorité de sûreté du nucléaire (ASN), au niveau 2 sur une échelle de 7. Des « incidents » de ce type en France sont relativement rares, il y en a eu quatre en 2013. Depuis, plus aucune nouvelle. En janvier 2014, nous avons rencontré ce travailleur de 22 ans, que nous appellerons Anthony. Il nous a raconté les conditions de travail sur ce chantier et sa version des faits. Pas celle du CEA, ni celle de l’entreprise pour laquelle il travaillait : elle l’a viré un mois et demi après son irradiation et l’accuse même d’avoir introduit une « source irradiante » dans le CEA. Kafkaïen.

Quand as-tu commencé à travailler pour le CEA-Grenoble ?

Je suis arrivé en février 2013. J’étais chargé de travaux pour D&S, une entreprise de sous-traitants du nucléaire. Je donnais des ordres et je faisais beaucoup de terrain. Je suis intervenu au LAMA (Laboratoire d’analyses de matériaux actifs) et à un autre endroit. Dans le LAMA, j’ai travaillé fin juin, tout juillet et un petit peu en août.

D&S, ton entreprise, travaillait pour le CEA ?

C’est plus compliqué que ça. Le CEA sous-traite une partie du travail à SPIE. SPIE sous-traite une partie à D&S mais aussi à des intérimaires. Je bossais avec des gens de D&S, de SPIE et des intérimaires. Normalement SPIE répond à un appel d’offres du CEA donc ils doivent faire le travail. Mais là ils font un peu le boulot, ils voient que c’est pourri, ils donnent une partie à D&S et une autre à des intérimaires. Dans le LAMA, on devait être 50 dont, je dirais, 6 personnes du CEA.

Qu’est ce que vous deviez faire exactement ?

Il faut imaginer qu’avant, au LAMA, ils avaient d’immenses cellules en plomb. Elles ont été retirées, découpées en petits morceaux, mises dans des caissons et envoyées à l’ANDRA (Agence nationale pour la gestion des déchets nucléaires). Mais le sol et les parois sont encore contaminés. Donc il faut les attaquer au marteau piqueur. On ramasse ensuite le béton contaminé à la pelle et à la main.

Et qu’est-ce que vous en faisiez ?

On les conditionne dans de gros sacs qui sont envoyés à l’ANDRA. Ce n’était pas des déchets très contaminés, principalement du TFA - très faiblement actif.

Est-ce que le chantier était bien sécurisé ?

Il faut savoir que dans le milieu des sous-traitants du nucléaire, le CEA-Grenoble, on l’appelle le Bangladesh. Il n’y a pas assez de sécurité pour un site aussi sensible. La compétence radiologique s’est complètement perdue. Dans les autres CEA, les normes de sécurité sont bien respectées. Pas à Grenoble. Ici, ils ne sont plus spécialisés dans le nucléaire. Les gens compétents ont été mutés ailleurs et maintenant il y a trop de sous-traitants qui ne connaissent rien aux locaux. Ils ne captent rien, ne parlent qu’argent, rendement, optimisation du temps pour gagner une heure. Il n’y a plus la conscience de bien faire les choses. On se retrouve avec des gars qui ne savent même pas mettre une tenue correctement. Ils n’ont pas la notion de la contamination. Dans le LAMA, les locaux n’étaient pas adaptés pour les types de travaux qu’on faisait. Il y a une grosse différence de niveau de sécurité par rapport à d’autre sites. C’est grave.

Que s’est-il passé le 23 août 2013 ?

Je travaillais dans une zone normalement peu contaminée. On avait placé un sas pour retraiter les gravats. L’ANDRA ne veut pas avoir de poussière mélangée avec les gros gravats. Du coup, il fallait tamiser pour séparer les poussières des gravats. On venait déverser des sacs sur un tamis : les poussières fines tombaient dans un fût et les lourdes restaient sur le tamis. Une personne tamisait, une autre s’occupait de les verser dans le tamis et moi je récupérais tous les gravats lourds qui restaient et je les déversais dans un sac. C’est à ce moment-là que se serait produit l’accident... mais on ne peut pas vraiment savoir où j’ai pris la dose. De toute façon, ce tamisage, on n’aurait pas dû le faire comme ça. On n’avait plus de ventilation et on n’avait pas d’autorisation pour faire ce chantier ici. Normalement, il faut faire des modes opératoires et ensuite mettre un sas. Ils l’ont fait à la va-vite, ça m’inquiétait. J’avais mesuré ces sacs et j’avais dit « attention, on a des sacs très contaminés ». Eux m’avaient dit « t’inquiète, il n’y a rien ».

Pourquoi ces sacs étaient-ils plus contaminés que ceux dont tu parlais tout à l’heure ?

Dans ces sacs on a mélangé des gravats pas très contaminés à des gravats qui provenaient du fond des puits qui potentiellement sont très contaminés. Personne ne vérifiait si les gravats venaient du sol ou du fond des puits. On déversait tout sur le tamis sans distinction.

Ce jour-là, lorsque tu commences ton travail à six heures, tu as ton dosimètre sur toi. Le communiqué du CEA dit qu’il a sonné mais que tu ne l’as pas entendu.

Ça c’est vrai, je ne l’ai pas entendu. J’ai un casque anti-bruit parce que sur le chantier, ça fait un boucan pas possible, on n’entend rien. Le dosimètre est en dessous de ma combinaison et émet un tout petit bruit. La réglementation dit que j’aurais dû avoir un dosimètre qui envoie un signal à un gars qui est derrière un écran et qui nous surveille. C’est obligatoire. Ceci dit, même si le gars avait vu que mon dosimètre explosait, comment aurait-il fait pour me prévenir ? Il n’y avait pas de téléphone, ce qui est pourtant une obligation, et il n’y avait pas non plus de bouton poussoir à l’intérieur du chantier pour déclencher une alarme qui prévient tout le monde qu’il faut sortir.

Et sur les autres chantiers ?

Il y a toujours une alarme et/ou un téléphone. Toujours.

Donc, tu termines ta journée tranquillement sans avoir entendu ton dosimètre sonner ?

Non, je ne finis pas ma journée. En fait, ce qui se passe c’est que pendant ces opérations, je me barrais faire des mesures à droite à gauche et je remarquais depuis une semaine que les appareils commençaient à devenir fous. J’avais un contaminamètre et un radiamètre : ce jour-là, le contaminamètre sature. Ça ne m’était jamais arrivé avant. Il saturait parce qu’il y avait trop de contamination. Je contrôle que les masques et les tenues des deux personnes qui travaillaient avec moi n’ont rien, ou presque, et elles sortent. À ce moment, je me contrôle avec un radiamètre : l’appareil affiche une valeur de 1 000 microsieverts par heure ce qui est énorme pour ce chantier. Donc je procède à ma décontamination avec des lingettes et un liquide. Je suis tout seul, je ne sais plus quoi faire. Ce que je viens de trouver est inconcevable. Je retourne dans le sas et effectue des mesures sur des poussières sur le lieu sur lequel je travaillais et je trouve un débit de dose de 40 000 microsieverts par heure. C’est énorme. Je prends ces poussières et les mets dans un sachet et le pose à un endroit bien précis. Pour eux, le fait que je sois retourné dans le sas, c’est du travail isolé, donc je suis en tort. C’est vrai que je n’aurais pas dû re-rentrer mais qu’est-ce qui se serait passé ? Je n’aurais pas pu faire le contrôle et alerter de ce débit de dose de 40 000 microsieverts par heure. Plus loin il y avait quatre fûts pleins de poussière du tamisage qui devaient sortir dehors, je les contrôle et sur l’un des fûts je trouve un débit de dose à 300 microsievert par heure, alors qu’il devrait y avoir un ou deux micro, pas plus. Là je me casse, je vais à la sortie, me déshabille, me contrôle et je préviens le service de radioprotection et mes supérieurs.

Qu’indique ton dosimètre à ta sortie ?

J’avais deux appareils sur moi : un dosimètre électronique et un dosimètre passif. Le premier donne une valeur instantanée et le second n’indique rien mais doit être envoyé en laboratoire. Au moment où je sors, je ne sais pas que mon dosimètre a sonné. Je le lève et je vois 700 microsieverts. À ce moment là je ne suis qu’un peu irradié. Légalement chez D&S, j’ai le droit de prendre 8 000 micros par an. J’ai pris 700 en une journée, c’est trop mais acceptable. Ensuite, une cellule de crise est mise en place, par l’ensemble des ingénieurs, le chef d’installation, et les « papes » du CEA. Les deux gars qui étaient avec moi sont envoyés au médical, moi je reste pour relater les faits pendant une vingtaine de minutes. Tout le monde sort du LAMA et plus personne ne rentre jusqu’à 15h. On est un vendredi.

Que dit l’autre dosimètre, le passif ?

Normalement vendredi, le jour de l’accident, le dosimètre passif aurait dû être envoyé en laboratoire à l’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire). Mais ils ne l’ont pas fait car ils n’en avaient pas d’autre à me donner. Donc ils préféraient ne pas l’envoyer tout de suite pour me faire bosser plutôt que de me mettre au repos. Le lundi suivant, je suis rentré avec le même dosimètre passif dans une autre zone ! Finalement, ils l’envoient le mercredi 28 et les résultats arrivent le vendredi 30 août. Mon chef m’a ensuite annoncé la dose que j’aurais reçue, énorme, mais elle ne m’a jamais été confirmée.

Ils t’ont envoyé les documents ?

Je n’ai jamais reçu de courrier officiel de l’IRSN. Je n’ai jamais eu de preuve écrite.

Il n’y a que ton patron qui te l’a dit oralement ?

Oui. Par contre il faut savoir que l’accident a été déclaré niveau 2 (sur une échelle de 7). Des entreprises qui déclarent des niveaux 2, il n’y en a pas beaucoup. Le CEA a fait une déclaration d’accident niveau 2 : ça signifie que j’ai dépassé une des limites annuelles réglementaires.

Y-a-t-il eu des conséquences sur D&S et son patron ?

Ça lui a fait peur. La réputation de son entreprise allait en prendre un coup. Il aurait fallu m’affecter à un poste où je ne suis pas soumis aux rayonnements ionisants. Quelque part, j’étais un déchet qu’il devait vite jeter. Très très vite, il devait trouver un moyen de se débarrasser de moi. Il fallait me licencier et rejeter la faute sur moi. Donc tout de suite, il organise une petite magouille avec le CEA. Ils font une petite enquête où ils disent que même la mesure que j’ai faite n’existe pas. Ils ne retrouvent rien, sauf une poussière de 0,8 gramme et c’est la seule qu’ils retrouvent sur le chantier. Selon leur estimation, elle a un débit de dose extrêmement élevé, mais là aussi je n’ai jamais eu la confirmation du chiffre. C’est à ce moment qu’ils vont essayer de me discréditer parce qu’il faut justifier la dose que j’ai prise. Il faut qu’ils admettent qu’il y a une source. Donc, qu’est-ce qu’ils disent ? Que cette source de 0,8 gramme, je l’ai ramenée moi-même de l’extérieur et que je l’ai éparpillée un peu partout. Faut quand même m’expliquer comment je pourrais manipuler une poussière de 0,8 gramme. Là-dessus, ils ajoutent que j’ai enlevé mes dosimètres et que je les ai posés sur la source, ce qui serait complètement pervers. Le scénario aujourd’hui de D&S et du CEA, validé par la médecine du travail, envoyé à l’inspection du travail et l’ASN c’est le suivant : j’ai introduit une source radioactive et j’ai exposé mon dosimètre. C’est une accusation grave. Sauf que ça vient bien de leur chantier et que ça signifie qu’ils ont fait une énorme bourde.

Pourquoi est-ce que j’aurais voulu nuire à l’entreprise et introduire cette poussière ? J’avais 21 ans, je gagnais 3 800 euros par mois, j’avais une voiture, j’étais hyper bien, j’étais un roi. J’apprenais beaucoup chez D&S, malgré le fait que je me battais souvent pour améliorer la sécurité dans l’entreprise. Et là, ils sont en train de me la faire à l’envers, je vais me retrouver avec un cancer et ça sera de ma faute.

Ils partent du principe que sur leur chantier, ce n’est pas possible qu’il y ait ça. Il n’y a pas de sources irradiantes comme ça, donc, selon eux, il n’y a que moi qui a pu les ramener et mettre mes dosimètres dessus.

Ils auraient pu dire simplement qu’ils n’avaient rien relevé plutôt que dire qu’il y avait cette poussière ?

Oui, mais il fallait justifier la dose que j’ai prise.

Est-ce qu’ils ont étudié les échantillons que tu avais mis de côté ?

Ils disent qu’il n’y avait rien dans le sachet. Le technicien aurait retrouvé l’échantillon sous le sachet. Et pour les fûts que j’ai contrôlés, ils disent qu’il n’y a rien. Et ils vont même jusqu’à dire qu’au moment où je suis sorti, je n’ai prévenu personne. Comme si j’étais sorti sans rien dire.

Avec la dose que tu as prise, es-tu sûr d’avoir un cancer ?

Je peux pas te dire que je suis sûr à 100 % mais c’est certain que j’ai augmenté mes probabilités d’en avoir. Je peux m’en sortir et vivre jusqu’à 80 ou 200 ans. On ne sait pas. Mais je dois vivre avec ça. Peut-être qu’un matin je vais me lever et sentir une petite douleur et là j’en aurais plus que pour deux, trois mois, un an, je ne saurai pas. Vivre comme un légume sous cacheton, ça ne m’intéresse pas.

Dans le nucléaire, on te laisse deux possibilités. Soit tu fermes ta gueule et tu te dis que c’est pas grave. Dans ce cas, tu fermes les yeux sur ce qui ne va pas, si par exemple tu as une famille et pas envie de perdre ton boulot.

Soit t’as envie de bien faire ton travail, donc tu dis la vérité, et tu révèles tous les problèmes. Là, on t’arrête immédiatement. Dans quelle situation je suis aujourd’hui ? Qu’est-ce que j’ai gagné ? Rien. Qu’est-ce que j’ai perdu ? Beaucoup. Ils ne se rendent pas compte qu’en faisant ça ils tuent quelqu’un à feu doux.

Quelques jours avant l’accident, des gars me disaient « Aujourd’hui tu fais le beau avec ton masque, tu es un guerrier, mais le jour où tu auras un accident tu vas chialer dans les bras de ta mère ». Moi je niais. Maintenant, je comprends. Je ressens rien, j’attends. Mais combien de temps ?

Pourquoi as-tu choisi ce métier ?

J’aime mettre mon masque. C’est invisible la radioactivité, tu ne la vois pas, tu la détectes, petit à petit tu as ce flair : tu sais que là ça pue. En trouver, pour moi, c’est un petit plaisir. Je lis énormément, j’échange en direct à la cantine ou sur les forums. Clairement j’ai une passion. J’étais chargé de travaux à 21 ans parce que je m’en suis donné les moyens. Des fois j’enchaînais les heures supplémentaires, ça ne me dérangeait pas. J’ai cette passion d’aller en zone, de réussir à décontaminer. De trouver le bon plan de démantèlement. J’arrive devant une machine que personne n’a démantelée et je m’imagine comment je vais la démanteler. Je prépare les bons équipements, je réfléchis comment je vais expliquer aux gars, aux clients, qu’on va le faire. Même depuis que j’y travaille plus, je suis encore sur des forums à regarder, à lire des bouquins sur le démantèlement.

T’as continué a bosser après le 23 août ?

Ce qui est aberrant c’est que pour eux, comme je suis censé m’être pris une petite dose, je pouvais aller en zone la semaine d’après. Trois jours après, le lundi, je me retrouve au CEA de Marcoule [dans le Gard], là j’ai dit au gars avec qui je bossais : « Il est hors de question que je prenne le moindre microsievert ». J’avais un petit bungalow dans la zone, je suis resté là-bas assis. Même les clients et les ingénieurs disaient que je devais être chez moi par précaution. Même si tu as pris « que » 700 microsieverts c’est inconcevable de retourner en zone avant d’avoir le retour du laboratoire sur ton dosimètre passif.

Qu’est ce qui s’est passé ensuite ?

Le 4 septembre, le CEA balance son communiqué. Je reste dans les bureaux de l’entreprise. Dans les jours qui suivent, la boîte m’interroge plusieurs fois, j’appelle ça des gardes à vue. Le 23 septembre j’ai une mise à pied en vue d’un licenciement. Le 7 octobre, je suis convoqué pour une procédure de licenciement.

Le 15, je suis officiellement licencié [cf encart]. Pendant trois mois, je suis resté en mode déprime. Il n’y a rien qui a filtré, personne ne sait quelle dose j’ai pris. J’ai une latence par rapport à l’événement, j’ai réagi trop tard. Si j’avais communiqué directement, j’aurais eu plus d’impact. Sur le coup j’ai pas réfléchi. Je ne pensais pas que l’entreprise allait me planter un couteau dans le dos comme ça. Début janvier, je me dis : « je n’ai pas le choix, je dois me battre ». Si je ne me bats pas, ils ont gagné. Je ne vais pas me laisser avoir par des escrocs. C’est une question de dignité.

Quatre réacteurs nucléaires à Grenoble

Mélusine, Siloé et Siloette : ce sont les noms des trois réacteurs nucléaires anciennement présents sur le site du centre d’études nucléaires de Grenoble (CENG, aujourd’hui CEA, Commissariat à l’énergie atomique). Construits à partir de 1958, le dernier a cessé de fonctionner en 2002, et tous sont démantelés depuis 2013.

En revanche, un réacteur nucléaire est encore en activité sur la Presqu’île de Grenoble : celui de l’Institut Laue-Langevin (ILL), un organisme de recherche international. Ce « réacteur nucléaire à haut flux » fournit « la source de neutrons la plus intense du monde », pour « sonder la matière ».

Entre 1974 et 1976, le CENG a contaminé la nappe phréatique avec du liquide radioactif, tout en essayant d’étouffer l’affaire, avec la complicité des élus locaux. C’est la fameuse histoire des «  Eaux chaudes de Grenoble  », racontée par Père Castor dans Le Postillon n°12.

Un démantèlement interminable

En février 2013, le CEA communiquait sur la fin du nucléaire sur son site de Grenoble. « Aujourd’hui le démantèlement des installations est achevé. Ou presque, car il reste encore à démolir les bâtiments ayant accueilli Mélusine et Siloé et à réaliser l’assainissement final du Lama et des Sted [NDR : stations de traitement des déchets radioactifs]. Des opérations qui devraient être achevées mi-2013, selon le Commissariat » (www.actu-environnement.com, 01/03/2013). Cette prévision était bien optimiste : l’accident a eu lieu en août 2013, soit après « mi-2013 ». En janvier 2014, selon nos informations, l’assainissement n’est pas encore terminé. Selon le CEA, ces opérations qui durent depuis 2001 ont coûté 311 millions d’euros et ont généré la production de huit tonnes de déchets à haute activité radioactive, 30 tonnes de déchets de moyenne activité, 950 tonnes de déchets à faible activité et 25 000 tonnes de déchets à très faible activité. Ces 26 000 tonnes ayant toutes été envoyées dans des centres de stockage des déchets à des centaines de kilomètres (dans l’Aube, à Saclay ou à Cadarache), on vous laisse imaginer le nombre de camions qui sont passés à Grenoble pour le démantèlement. Même s’ils transportaient tous 38 tonnes, cela ferait déjà 684 camions...

L’accident du 23 août vient en tout cas rappeler que le danger est toujours présent sur ces sites anciennement nucléarisés. Comment être persuadé qu’il n’y a plus du tout d’éléments radioactifs ? Une leçon à méditer pour les futurs habitants de la Presqu’île : le mégalo-projet Giant, qui veut étendre le centre-ville de Grenoble sur la Presqu’île, prévoit la construction de milliers de logements à quelques centaines de mètres des anciennes installations nucléaires du CEA, et à peine plus loin du réacteur, toujours actif, de l’Institut Laue-Langevin.

LAMA, ANDRA, ASN, IRSN ?

LAMA
 : le laboratoire d’analyses de matériaux actifs est situé sur le site du CEA de la Presqu’île. C’est là qu’ont été analysés les matériaux actifs issus du démantèlement des réacteurs Siloé et Mélusine, pour être ensuite envoyés à l’ANDRA. C’est dans ce laboratoire que s’est produit l’accident d’Anthony le 23 août 2013.

ANDRA : l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs a été créée au sein du CEA en 1979. Douze ans plus tard, elle devient un établissement public industriel et commercial (EPIC) placé sous l’autorité des ministères de l’énergie, de la recherche et de l’environnement. L’agence « est chargée de trouver et mettre en œuvre des solutions de gestions sûres pour l’ensemble des déchets radioactifs français ». Une des missions de l’ANDRA est de collecter ces déchets et de les stocker.

ASN : l’Autorité de sûreté nucléaire, liée à l’État, a pour rôle « le contrôle de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France pour protéger les travailleurs, les patients, le public et l’environnement des risques liés à l’utilisation du nucléaire ». C’est elle qui a effectué l’inspection sur le site où a eu lieu l’accident.

IRSN : l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire est un établissement public, crée en 2001. Il se définit comme un « expert public en matière de recherche et d’expertise sur les risques nucléaires et radiologiques ». Il est placé sous la tutelle des ministères de l’écologie, du redressement productif, de la recherche, de la défense et des affaires sociales et de la santé. L’une des missions de l’institut est notamment de protéger les travailleurs soumis aux rayons ionisants. C’est l’IRSN qui a étudié en laboratoire le dosimètre passif d’Anthony.

Les dosimètres  

Ils sont utilisés pour mesurer la dose de radioactivité intégrée par le corps. Sur les installations nucléaires comme le LAMA, les ouvriers en portent deux :

- le dosimètre actif, ou électronique, qui indique la dose et le débit de dose en temps réel ;

- le dosimètre passif qui lui ne donne aucune information en direct. Il est envoyé dans les laboratoires spécialisés, comme ceux de l’IRSN, pour lecture. La dose maximale à ne pas dépasser sur une période de 12 mois, pour les travailleurs du nucléaire, est de 20 000 microsieverts. Pour les individus lambda, elle est fixée à 1000 microsieverts par an.

De la zone bleue à orange

Sur les installations nucléaires, les secteurs sont classés en fonction des débits de dose de radioactivité. Il existe cinq zones : la bleue (la moins irradiante), la verte, la jaune, l’orange et la rouge (la plus dangereuse). Anthony travaillait dans une zone officiellement bleue, c’est-à-dire très faiblement active où le débit de dose est censé se situer entre 0,5 et 7,5 microsieverts/h (on parle là bien de « micro » et pas de « milli »).

Fin septembre 2013 l’ASN s’adresse au CEA suite à l’inspection qu’elle a menée et lui écrit notamment : « Vous avez indiqué aux inspecteurs que la particule à l’origine de l’exposition du salarié était un gravat dont le débit de dose au contact a été mesuré à 13 mSv/h [ NDR : 13 000 microsieverts par heure] et dont le spectre est majoritairement composé de Césium 137. » à 13mSv/h on rentre dans une zone orange (où le débit varie de 2 à 100 mSv/h).

Courriers officiels de l’ASN

Suite à l’accident du 23 août, l’ASN a inspecté le LAMA du CEA de Grenoble et l’entreprise D&S pour laquelle Anthony travaillait. L’Autorité de sûreté nucléaire leur a ensuite écrit pour émettre quelques recommandations et leur faire des « demandes ». Mais il est aussi question de « lacunes sérieuses » et l’on découvre que le CEA et D&S n’ont pas respecté un certain nombre de procédures. Extraits :

- Au CEA de Grenoble, courrier du 26/09/2013 : « L’inspection a mis en évidence des lacunes dans la préparation de l’intervention de reconditionnement des gravats à l’origine de l’événement. (…) Les inspecteurs (…) ont constaté que l’analyse des risques réalisée ne prenait pas en compte le risque d’exposition potentielle à des particules radioactives. (...) En outre, lorsque l’intervention a été confiée à une entreprise prestataire différente de celle initialement prévue, le plan de prévention a simplement fait l’objet d’annotations manuscrites sans être formellement revu pour prendre en compte le changement d’entreprise prestataire. (…) Les inspecteurs regrettent toutefois l’absence de traçabilité de ces contrôles [de l’irradiation des gravats]. (…) Je vous demande d’améliorer la traçabilité des contrôles prévus pour identifier les sources d’exposition possibles sur les chantiers. »

- À D&S, l’entreprise sous-traitante, courrier du 24/09/2013 : « L’ASN considère que les manquements constatés par les inspecteurs attestent de lacunes sérieuses dans la qualité de la préparation de cette intervention ainsi que dans la coordination entre le CEA, l’entreprise extérieure et votre société (…) Le plan de prévention n’a pas non plus fait l’objet d’une mise à jour rigoureuse lorsque votre entreprise est intervenue. Seules des annotations manuscrites, sans signature, apparaissaient dans le plan de prévention initial établi entre le CEA et l’entreprise extérieure lors du démarrage du chantier. (…) Vous n’avez pas été en mesure de présenter les modes opératoires ou les instructions précises données aux travailleurs pour leur intervention. (…) En outre, aucun document présentant les conduites à tenir en cas de situation anormale ou incidentelle n’a été présenté aux inspecteurs. »

L’évaluation des accidents nucléaires

Depuis les années 1990, pour évaluer le degré de gravité d’un événement, il a été mis en place une échelle internationale de classement des incidents et accidents nucléaires (INES), graduée de 0 à 7.

Pour avoir un ordre d’idée, les catastrophes de Tchernobyl et Fukushima étaient de niveau 7. L’événement qui s’est produit le 23 août 2013 au CEA a été classé au niveau 2. Ce type d’événement nucléaire en France est relativement rare, il y en a eu quatre en 2012 et autant en 2013.

Un motif de licenciement pour le moins inquiétant

Voici les faits officiels reprochés par D&S à Anthony pour justifier son licenciement. Faits qu’il conteste ou explique dans l’interview.

« Création d’une situation dangereuse sur le chantier (…) pour l’assainissement des locaux de l’installation LAMA au cours de la semaine du 19 au 23 août 2013, par l’introduction de termes sources irradiants dans un chantier en zone surveillée (Très faible activité). Exposition volontaire à vos dosimètres (opérationnel et passif) sur les termes sources du même chantier en vue de falsifier un résultat de dose ».

De deux choses l’une : soit ce motif de licenciement est vrai et dans ce cas-là il faudrait que le CEA explique comment il est possible d’introduire ce type d’élément radioactif dans un tel endroit et pourquoi ni le CEA ni D&S n’ont communiqué sur ce grave acte de malveillance. Si c’est faux, ce motif de licenciement est scandaleux.
Les autres motifs sont : « travail isolé », « faux témoignage auprès du CEA et de notre société », « modification volontaire des équipements de protection individuelle », « non respect de l’interdiction de prises de vue (photo et vidéo) sur un site nucléaire. » Sur ce dernier point, Anthony explique : « J’avais une caméra étanche fixée sur mon casque et pas uniquement sur le site du CEA, mon patron de D&S et le CEA le savaient. Quand on faisait une réunion à 15h30, moi je venais avec mes vidéos et je disais ’’là il y a un problème, comment vous voulez qu’on fasse ?’’ Le but de ces vidéos, c’était aussi de montrer et d’expliquer aux nouveaux ce qu’était une situation de démantèlement. »

Et son ex-boîte de conclure : « Tenant l’ensemble de ces faits qui traduisent votre volonté de nuire à l’entreprise, nous notifions par la présente votre licenciement pour faute lourde ». Ça fait cher pour un gars qui s’est fait irradier sur un chantier normalement très peu radioactif.

Quel est le niveau d’irradiation d’Anthony ?

Rappelons d’abord que la plupart des individus, en France, sont soumis à une irradiation de l’ordre de 2000 à 3000 microsieverts par an, qu’elle soit naturelle (rayonnement émis par la Terre par exemple) ou artificielle (quand vous allez faire un examen radiologique). Pour les travailleurs du nucléaire, les pouvoirs publics autorisent un niveau bien plus élevé.

Concernant l’accident qui s’est produit au CEA de Grenoble, l’ASN informe en ces termes : « L’expertise par l’IRSN du dosimètre passif de l’intervenant a mis en évidence un dépassement de la limite réglementaire ». Et d’ajouter en note de bas de page : « pour les travailleurs susceptibles d’être exposés aux rayonnements ionisants lors de leur activité professionnelle, les limites réglementaires annuelles de doses sont, pour douze mois consécutifs, de 20 000 microsieverts pour le corps entier ». On pourrait déduire qu’il a donc reçu une dose supérieure à 20 000 microsieverts, mais c’est plus compliqué que ça. L’ASN n’a pas donné le résultat précis de son dosimètre passif. Pourtant, la plupart du temps quand elle communique sur un incident nucléaire concernant une irradiation anormale d’un travailleur, elle précise la dose que son corps a intégré. En 2013 elle a signalé, par exemple, l’irradiation de deux personnes, une à 32 000 microsieverts et une autre à 48 000 microsieverts. Nous avons demandé à l’ASN de nous transmettre la dose exacte que le dosimètre a indiqué. Voici leur lapidaire réponse : « Une instruction complémentaire est en cours pour déterminer s’il y a eu dépassement ou non de la limite réglementaire. Nous allons procéder dans les semaines qui viennent et en fonction de l’avancée du sujet à une réactualisation du communiqué de presse. ». On attend la « réactualisation ».

L’article ci-dessous a été publié dans le numéro 25 (printemps 2014) du Postillon.

Anthony, l’irradié du CEA, la suite

Dans le précédent numéro du Postillon, Anthony racontait sa version des faits suite à l’irradiation dont il avait été victime en août 2013 sur un chantier du CEA à Grenoble. L’ASN avait classé cet incident au niveau 2 sur l’échelle INES qui en compte 7, fait relativement rare en France. Elle publiait aussi des rapports d’inspection à l’intention du CEA et D&S signalant des « lacunes sérieuses ». Au local du Postillon, on a reçu un recommandé du président de D&S demandant d’exercer son droit de réponse en nous proposant « d’assister à une conférence de presse qui aura lieu le 14 février 2014 à 16h30, au siège social de ma société » à Bagnols-Sur-Ceze dans le Gard. Et ce, le pingre, sans nous offrir les billets de train. Nous avons donc répondu par la négative en lui demandant un droit de réponse écrit. Quelques jours plus tard, nous avons reçu un « rapport de conférence » annonçant que « notre société D&S s’estime être la victime d’une communication à visage masqué dans laquelle elle a été mise en cause de façon injuste et inexacte par le biais de certains médias ». On s’attendait donc à une réponse détaillée, en vain. D&S se contente de s’autoglorifier de manière ridicule en parlant de la supposée « satisfaction de ses salariés » et de « son engagement pour la sécurité exemplaire » sur la base d’un certificat (CEFRI) que l’entreprise est obligée de posséder pour exercer dans son domaine. à propos de l’incident, il y a seulement quelques lignes qui font reposer la responsabilité sur Anthony, puisqu’il se serait déroulé « sur son temps de pause », sans répondre sur les manquements à la sécurité pointés par l’ASN. Par rapport à ces fautes, D&S annonce qu’elle va « éviter dorénavant les actions dangereuses de salariés malveillants », comme si le manque de sécurité du chantier était dû aux salariés.

À propos de la dose reçue, D&S argue que « les doses retenues aujourd’hui par la médecine du travail et l’IRSN sont très en dessous des limites réglementaires », sans expliquer pourquoi les premières mesures étaient bien au-dessus. L’entreprise sous-traitante est sur ce point rejointe par l’ASN qui quinze jours plus tard publie un communiqué expliquant laconiquement que « après expertise du rapport d’analyse de cet incident, il apparaît que le dépassement de la limite réglementaire n’est pas avéré » [1]. C’est quand même bizarre : fin août 2013 le dosimètre passif d’Anthony est envoyé à l’IRSN, l’ASN ne publie pas la dose qu’il a reçue, contrairement à d’autres incidents, mais justifie le classement en niveau 2 notamment parce que le « dosimètre passif de l’intervenant a mis en évidence un dépassement de la limite réglementaire. » En mars 2014, après une « instruction complémentaire », les données du dosimètre sont revues à la baisse. On aimerait bien savoir ce qu’ils ont bien pu faire dans leur laboratoire pendant six mois à observer un dosimètre. En tout cas, ce n’est pas cette « autorité indépendante » financée par l’État (pro-nucléaire) qui nous donnera la réponse.

Notes

[1] Dans ce communiqué, l’ASN pointe quand même une nouvelle fois les manquements à la sécurité du chantier : « Toutefois, en raison d’insuffisances en ce qui concerne la préparation de l’intervention relevées par l’ASN lors des inspections du CEA et de la société D&S qu’elle a conduites les 5 et 6 septembre 2013, l’ASN reclasse cet événement au niveau 1 de l’échelle INES. »

Publié dans le numéro de Février 2014

Avec l'autorisation des auteurs, source : http://www.lepostillon.org/Irradie-puis-radie.html

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http://www.michele-rivasi.eu/medias/epr-de-flamanville-linspection-du-travail-au-secours-de-lautorite-de-surete-nucleaire/

EPR de Flamanville: l’inspection du travail au secours de l’Autorité de sûreté nucléaire!

17 déc 2013

L’autorité de sûreté nucléaire (ASN) a découvert de graves dysfonctionnements sur une machine au sein du bâtiment du futur réacteur nucléaire et avait demandé à EDF une mise en conformité en novembre dernier. Face à l’absence de réaction d’EDF, l’ASN n’a eu d’autre choix que de saisir le ministère du travail pour mettre en demeure EDF et faire respecter les principes généraux de prévention.

Face au manque de respect des recommandations de l’ASN, Michèle RIVASI eurodéputée EELV s’alarme de l’irresponsabilité d’EDF: « Après la mort accidentelle d’un ouvrier en janvier 2011, la non-déclaration de centaines d’accidents du travail et le recours au travail dissimulé de salariés roumains et polonais, mais aussi les multiples erreurs de construction (vanne de sécurité montée à l’envers, béton mité, endommagement de la cuve du réacteur, etc.), on constate une nouvelle fois l’irrespect de principes élémentaires du droit du travail. Le fiasco de l’EPR n’en finit plus, alors même que le gouvernement continue à vanter l’excellence française en matière de nucléaire et le fleuron technologique que représenterait l’EPR: la mascarade doit cesser! ».

« Pour tenir les délais de construction, déjà maintes fois dépassés, et ainsi éviter un dérapage supplémentaire des coûts, EDF met encore et toujours en péril la santé et la vie des ouvriers du chantier. Je suis scandalisée de constater une fois de plus le mépris d’EDF envers l’ASN, qui n’a eu d’autre choix que de saisir le ministère du travail pour faire respecter ses recommandations. On ne transige pas avec la sécurité des travailleurs, EDF n’est pas au-dessus de la loi! ».

Avec l'autorisation des auteurs, source :  http://www.michele-rivasi.eu/medias/epr-de-flamanville-linspection-du-travail-au-secours-de-lautorite-de-surete-nucleaire/

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http://www.michele-rivasi.eu/medias/budget-euratom-2014-2018-lenergie-nucleaire-survit-sous-perfusion-au-detriment-des-renouvelables/

Budget Euratom 2014-2018: l’énergie nucléaire survit sous perfusion,
au détriment des renouvelables

19 novembre 2013

Aujourd’hui, le Parlement européen a continué à signifier son large soutien à la filière nucléaire européenne, en votant sans trop de difficulté un budget non justifié pour une technologie exagérément subventionnée depuis trop longtemps maintenant.

Pour Michèle RIVASI, vice-Présidente du Groupe des Verts-ALE et co-rapporteur sur le budget 2014-2018 d’Euratom, cet entêtement est injustifié: « Les conservateurs du Parlement européen, mais aussi les socialistes, ont encore une fois donné leur blanc-seing au financement de la recherche européenne dans le domaine du nucléaire, sans même tenter de réorienter la répartition des dépenses. Mais le plus navrant avec le Traité Euratom, ce n’est pas qu’il soit soutenu par des eurodéputés pronucléaires, mais bien qu’il contourne le jeu démocratique en excluant le Parlement européen de la codécision ».

« Sur les 1.6 milliards débloqués pour les 5 ans à venir la répartition est la suivante: 40% pour la recherche sur la fusion (hors ITER), 40% pour financer les activités du Centre commun de recherche (Joint Research Center, JRC) et les 20% restants pour la recherche sur la fission, la sûreté et la radioprotection. Les amendements des écologistes visaient à garantir la seule recherche pour le démantèlement, la radioprotection ou même la non-prolifération, parents pauvres de la recherche nucléaire. Ceci aurait permis une économie de 1.2 milliards d’euros, plus que bienvenus pour financer l’emploi et le développement des territoires européens en pleine crise d’austérité ».

« Les pouvoirs publics ont trop longtemps subventionné cette énergie afin de pérenniser le mensonge entourant sa prétendue compétitivité. En France, cela a été une stratégie délibérée qui nous maintient aujourd’hui dans une situation de dépendance, où EDF abuse de son influence pour empêcher le développement des énergies renouvelables et l’impérieuse transition énergétique ».

« Un rapport interne de la Commission européenne dévoilé en juillet dernier par la presse allemande (*) n’a étrangement pas eu d’écho en France. En 2011, au niveau européen (tous pays confondus) les subventions aux énergies étaient les suivantes: 35 milliards pour le nucléaire, 30 milliards pour les renouvelables (solaire et éolien), 26 milliards pour les énergies fossiles et seulement 15 milliards pour l’efficacité énergétique. Au regard de tels chiffres, il est insupportable de voir les énergies renouvelables critiquées unanimement pour leur coût alors qu’elles garantissent le développement d’une véritable souveraineté énergétique, contrairement au nucléaire, et la création d’emplois non délocalisables ».

(*) nous écrire à michele.rivasi(@)europarl.europa.eu pour en obtenir une copie.

Avec l'autorisation des auteurs, source : http://www.michele-rivasi.eu/medias/budget-euratom-2014-2018-lenergie-nucleaire-survit-sous-perfusion-au-detriment-des-renouvelables/

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http://www.sortirdunucleaire.org/ITER-on-aime-les-grands-projets

ITER : "on aime les grands projets inutiles et imposés" (Michèle Rivasi)


Mardi, le Parlement européen a voté le budget du financement communautaire d'ITER, le projet international de recherche dans le domaine de la fusion nucléaire, basé à Cadarache en région PACA.

Le projet ITER est financé par 35 pays : ceux de l'Union européenne mais aussi l'Inde, le Japon, la Chine, la Russie, la Corée du Sud et les États-Unis. L'Union Européenne assume à elle seule 45% du budget total, et la France - pour pouvoir bénéficier de l'implantation d'ITER à Cadarache - contribue à hauteur de 20% du budget européen. Bref, sur les 15 milliards d'euros déboursés, la France va en aligner 1,35 milliards.

Le budget initial était de 4,6 milliards d'euros, il a dérapé et triplé pour atteindre les 15 milliards d'euros, supporté par l'ensemble de ses membres.

Pour Michèle RIVASI, eurodéputée EELV vice-Présidente du Groupe des Verts-ALE et co-rapporteure sur le financement d'ITER, la fuite en avant continue : "Cela fait longtemps maintenant que le projet ITER est discuté, et il est toujours autant contesté, notamment par la communauté scientifique dont trois éminents Prix Nobel de Physique : Pierre Gilles de Gennes, Masatoshi Koshiba et Georges Charpak. Mais les députés européens ont semble-t-il plus besoin de rêver que d'apporter des solutions concrètes à l'Europe de l'énergie : preuve en est, il n'y a jamais eu de débat scientifique contradictoire au sujet d'ITER dans les institutions européennes, et ce n'est pas faute d'avoir essayé de l'impulser".

"ITER n'est qu'un projet de recherche, qui vise à démontrer que le réacteur peut générer plus d'énergie qu'il n'en consomme, ce qui n'a jamais été réalisé en 50 années de recherche. Si les tests sont concluants, on prévoit de construire d'ici à 2050 un réacteur expérimental d'une puissance équivalente à un réacteur commercial, et si ce projet fonctionne les scientifiques espèrent commercialiser la fusion nucléaire d'ici 2100. Mais voilà, il n'y a que des 'si' et aucune certitude quant à la capacité de maîtriser le plasma en fusion, censé léviter grâce à un champ électromagnétique. Là est tout l'enjeu : le plasma ne doit surtout pas toucher les parois du réacteur, car la moindre disruption entraînerait un incident ou même un accident, selon sa gravité...alors même que le site ne bénéficie d'aucune assurance aux dernières nouvelles".

"Finalement ITER est un éléphant blanc dont raffolent les politiques en manque d'imagination : ils cèdent à une communauté scientifique - évidemment intéressée par le financement de ses recherches, que cela fonctionne ou non - les pleins pouvoirs et croisent les doigts. Il n'y a donc évidemment pas de remise en question dans la communauté scientifique intéressée par la fusion nucléaire : les crédits accordés appellent les crédits supplémentaires, et ainsi de suite. Ironie du sort, aucun des eurodéputés qui ont voté ce budget aujourd'hui ne pourra constater que la fusion est une technologie fiable. Bref, c'est un joli gaspillage d'argent public car on ne sait tout bonnement de quoi sera fait le monde en 2050 et encore moins en 2100. Il suffit qu'un partenaire d'ITER quitte le projet pour qu'il capote, et c'est bien la probabilité la plus forte entourant ce projet. Halte à la gabegie, cessons de financer ITER !".

21 novembre 2013

Avec l'autorisation des auteurs, source : http://www.sortirdunucleaire.org/ITER-on-aime-les-grands-projets

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CRIIRAD ||
COLLECTIF MINES D’URANIUM – Communiqué du 6 juin 2013
CRIIRAD || CREATION DU COLLECTIF « MINES D’URANIUM » – Communiqué du 15 octobre 2012
CRIIRAD || Impact des anciennes mines d’uranium – Les demandes de la CRIIRAD (2009)
CRIIRAD || L’impact radiologique de 50 années d’extraction de l’uranium en France (2005)

Encart 1 : la CRIIRAD


http://www.criirad.org/collectif-mines/cp_collectif-mines-juin_2013.pdf


COLLECTIF MINES D’URANIUM
Communiqué du 6 juin 2013

Pollutions radioactives autour des sites d'extraction de l’uranium
Trop d’opacité, de lacunes et d’anomalies dans les recensements d’AREVA.
Rassemblées dans le Collectif Mines d’Uranium, 14 associations demandent des garanties et la décontamination complète des sites
aux frais du pollueur.

Le COLLECTIF MINES D’URANIUM

Créé en août 2012, ce collectif rassemble des associations qui luttent contre les effets environnementaux et sanitaires des activités d'extraction et de traitement du minerai d’uranium en France et au Niger. En France l’exploitation minière a pris fin en 2001 mais elle a laissé un très lourd héritage de déchets radioactifs et de contaminations environnementales. Au Niger, l’extraction de l’uranium est, au contraire, en plein développement: aux sites d’Arlit et d’Akokan, en activité depuis les années 60, s’ajoute désormais la mine d’Azelik et bientôt l’exploitation de l’immense gisement d’Imouraren.

Venant de différentes régions de France (Bretagne, Pays de Loire, Limousin, Auvergne, Bourgogne, Rhône-Alpes) des représentants de 11 des 14 associations partenaires ont fait le déplacement jusqu’en Corrèze. Le président d’Aghir in man n’a pas pu, cette année, quitter le Niger mais les travaux et projets de l’association ont été présentés par Les amis d’Aghir in man. Par ailleurs, le collectif s’est enrichi depuis 2012, de deux nouvelles associations (VPEG, de Saône et Loire, et SDN Trégor, des Côtes d’Armor) et une troisième (association Vites du Lot) a demandé à rejoindre le collectif.

Les 18, 19 et 20 mai 2013, le collectif MINES D’URANIUM s’est réuni à Auriac, en Corrèze, à l’invitation de l’association locale ADEX. Ces trois journées d’échange et de travail ont permis de déterminer les ACTIONS PRIORITAIRES des prochains mois :

PREMIER AXE : LES STÉRILES RADIOACTIFS

Ces déchets radioactifs générés par l’extraction du minerai d’uranium ont été longtemps méconnus. Ils ont été accumulés dans des verses, sans contrôle ni clôture, ou disséminés dans le domaine public, utilisés comme remblais pour la construction de routes, de plateformes, de cours de ferme, voire même en soubassement de bâtiments ou dans des murs d’habitation (!).

En juillet 2009, en réaction à la diffusion du documentaire La France contaminée1 qui rendait compte du travail réalisé par la CRIIRAD et les associations locales, les autorités ont publié une circulaire2 obligeant Areva à recenser, sous 2 ans, les lieux de réutilisation des stériles. Près de 4 ans se sont écoulés et l’on est encore très loin du compte.

Recensement des sites contaminés : trop d’opacité et trop d’erreurs !
- manque de transparence : les associations doivent se battre pour obtenir communication des documents. Elles demandent un accès aux cartes brutes établies par AREVA à partir des relevés radiamétriques héliportés, aux données d'interprétation ainsi qu’aux résultats des mesures effectuées au sol, en complément des relevés aériens.
- manque de fiabilité des résultats. Les vérifications effectuées sur la base des résultats disponibles révèlent des problèmes méthodologiques préoccupants, des lacunes incompréhensibles (cf. ex. de la digue de Saint-Privat ), des imprécisions inacceptables (des écarts de 200 m sur des localisations par ex.).

Traitement des sites contaminés : trop peu, trop lentement !
Les associations se sont prononcées unanimement pour une décontamination complète des secteurs concernés. La période radioactive de l’uranium 238 étant de 4,5 milliards d’années, le temps ne règlera rien, bien au contraire. Les problèmes ne doivent pas être reportés sur les générations futures. Les travaux de décontamination doivent être strictement encadrés et contrôlés : trop de sites considérés comme assainis par AREVA présentent des pollutions résiduelles problématiques (cf. ex. du site du Paradou). En application du principe pollueur payeur, les frais d’assainissement doivent être à la charge de l’industriel, en l’occurrence AREVA, tant qu’il est solvable. Il faut que les états (France et Niger) établissent des règles claires, préservant les intérêts sanitaires et environnementaux, car les associations s’épuisent dans des combats inégaux avec le pollueur.

DEUXIEME AXE : LES INSTANCES DE CONCERTATION ET DE DECISION

Les participants ont tous souligné l’impérieuse nécessité d’obtenir un minimum de garanties dans le fonctionnement des commissions locales instaurées (ou qui vont être instaurées) autour des anciens sites d’extraction ou de traitement du minerai d’uranium. Le retour d’expérience des associations membres de CLI et autres CLIS met en lumière rétention d’information, comptes rendus biaisés, manipulations et autres dysfonctionnements. Le Collectif Mines d’Uranium ne veut ni chambres d’enregistrement ni commissions alibis. Associations et élus locaux doivent pouvoir intervenir dans le processus de décision.

Le Collectif devrait exploiter une faille dans le dispositif juridique. En effet les CLI (Commissions Locales d’Information) sont réservées aux Installations Nucléaires de Base (INB), et les CSS (Commissions de Suivi de Site) aux installations classées pour la protection de l’environnement mais hors activités nucléaires ( cf.code de l’environnement). Aucune de ces 2 instances ne peut donc être instaurée autour des anciennes mines d’uranium ou des stockages de stériles ou de résidus d’extraction qui sont incontestablement des « activités nucléaires » mais sans être pour autant des INB. Ce vide juridique pourrait permettre la création d’une structure où les rapports de force seraient moins déséquilibrés et les règles de fonctionnement plus démocratiques.

Un cahier des charges doit être élaboré par le Collectif Mines d’Uranium au cours des prochaines semaines. Il servira de base aux demandes qui seront adressées au Ministère de l’Environnement et à l’Autorité de Sûreté Nucléaire. Les autorités auront ainsi la possibilité de démontrer que leurs déclarations en faveur de la participation des parties prenantes ne se résument pas à des opérations de communication sans réel contenu.

CONTACT PRESSE :
- Collectif Mines d'Uranium : Arlette MAUSSAN au 04 70 59 73 50
- CRIIRAD : Bruno CHAREYRON et Roland DESBORDES au 04 75 41 82 50 /
http://www.criirad.org/
- Liste des associations membres du COLLECTIF MINES D’URANIUM (situation à mai 2013)

PLUS D’INFORMATION :
- visionner le reportage diffusé sur France 3 Limousin :
http://limousin.france3.fr/2013/05/20/un-collectif-mine-d-uranium-se-forme-pour-connaitre-les-zones-radioactives-de-la-region-254635.html

- Réunion des 18-20 mai 2013 : compte-rendu préliminaire (relevés radiamétriques et réunion publique)
-
Associations et responsables associatifs présents à Auriac, en Corrèze, les 18, 19 et 20 mai 2013

Rédaction : Chantal CUISNIER (ROZGLAS) – Corinne CASTANIER (CRIIRAD)

__________________
1 Documentaire diffusé en février 2009 dans le cadre de l’émission Pièces à conviction.
2 Circulaire du 22 juillet 2009 sur la gestion des anciennes mines d’uranium, signée du ministre de l’Écologie et du président de l’Autorité de sûreté nucléaire, référencée DGPR/SRT/MSNR/SN/2009.132.

Avec l'autorisation des auteurs, source : http://www.criirad.org/collectif-mines/cp_collectif-mines-juin_2013.pdf

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http://www.criirad.org/actualites/dossier2012/mines/cp-criirad-cmu.pdf

15 octobre 2012

CRIIRAD
Commission de Recherche
et d’Information Indépendantes
sur la Radioactivité
471 av. V. Hugo - 26000 Valence
www.criirad.org

COMMUNIQUE
15 octobre 2012

L’HERITAGE RADIOACTIF
DES MINES D’URANIUM

CREATION DU COLLECTIF « MINES D’URANIUM »

Venant de différentes régions de France et du Niger,
des associations ont décidé d’unir leur force
pour combattre les conséquences sanitaires et environnementales
de l’exploitation de l’uranium.

Lire la déclaration commune avec la liste des signataires

Les 23 et 24 août dernier, les représentants de 12 associations se sont réunis à Lavoine près de Saint-Priest-La-Prugne (Loire), à proximité du site des Bois Noirs Limouzat où le CEA, puis la Cogéma, ont extrait et traité du minerai d’uranium. Ce travail a abouti à la rédaction d’une déclaration commune qui a été examinée courant septembre par chaque association et que toutes ont décidé de signer. A ce jour, 13 départements français sont concernés (Allier, Cantal, Corrèze, Creuse, Deux-Sèvres, Finistère, Haute-Vienne, Loire, Loire Atlantique, Maine et Loire, Morbihan, Puy-de-Dôme, et Vendée) mais ce premier réseau est appelé à s’étendre.

L’objectif du COLLECTIF MINES D’URANIUM est de travailler en synergie sur les problèmes qui sont communs à l’ensemble des sites miniers, réutilisation de stériles uranifères comme remblais, pollution du milieu aquatique, contrôles inadaptés et bilans environnementaux biaisés, défaut de réglementation et de sanction des dysfonctionnements, décisions basées sur les rapports de force, etc. Il s’agit de faire front face aux moyens puissants dont dispose AREVA.

Cette action est urgente car ce qui s’organise dans l’ombre, c’est l’abandon des sites par l’exploitant et le transfert des responsabilités et des problèmes à la collectivité. Afin que les habitants n’aient pas à payer l’addition ou à subir la contamination, il est essentiel de faire appliquer le principe du « pollueur payeur d’obtenir la décontamination des zones et habitations affectées et le maintien de la responsabilité des producteurs de déchets aussi longtemps qu’aucune solution de confinement pérenne n’a été apportée.

Tirer les leçons des erreurs commises en France
pour en faire profiter les populations confrontées
au développement des mines d’uranium

En France, les mines d’uranium constituent un héritage radioactif mais dans un certain nombre de pays, l’exploitation est en cours, voire en plein développement. C’est en particulier le cas au NIGER d’où vient une part importante de l’uranium qui alimente les centrales nucléaires françaises.

Les journées d’action et de formation d’août dernier ont accueilli des représentants de l’ONG AGHIR IN MAN, et notamment son président, monsieur Almoustapha ALHACEN. Cette ONG œuvre dans ce pays pour la protection de l’environnement et de la santé de la population. Elle travaille en particulier sur l’impact des mines d’uranium exploitées par les filiales d’AREVA dans la région d’Arlit, à 250 km au nord-ouest d’Agadez, et se trouve désormais confrontée au colossal projet d’Imouraren.

Depuis le lancement, en 2002, de son partenariat avec AGHIR IN MAN, la CRIIRAD a engagé des actions de formation et de contrôles environnementaux dans un certain nombre d’autres pays, notamment en Namibie, au Mali, au Malawi, au Brésil, en Finlande et en Bulgarie. On peut espérer qu’à terme, le réseau de solidarité s’étende et gagne en efficacité.

L’objectif est de transmettre aux citoyens et associations de ces pays, les enseignements tirés de ce qui s’est passé en France afin d’éviter les mêmes erreurs, voire des opérations encore pires, si l’on se base sur ce qui se passe au Niger. Il s’agit également de les aider à décrypter, preuves à l’appui, les discours mensongers sur l’innocuité de l’uranium et la propreté de l’exploitation.

Premières actions communes

Au vu des différents agendas, deux actions ont été jugées prioritaires par les membres du collectif mines d’uranium :
1/ obtenir la publication des résultats des campagnes de mesures héliportées destinées à repérer les zones de réutilisation des stériles miniers radioactifs (des zones qui sont anormalement irradiantes) ;
2/ obtenir la définition de critères de décontamination suffisamment protecteurs et applicables partout car ce qui prévaut aujourd’hui, c’est le rapport de force et il est rarement favorable aux habitants.

Lien vers la carte de France de localisation des anciennes mines d’uranium

QUELQUES RAPPELS

Entre 1948 et 2001, près de 200 mines d’uranium ont été exploitées sur le territoire français, générant de l’ordre de 200 millions de tonnes de déchets appelés « stériles », un terme trompeur car ces roches présentent des niveaux de radioactivité qui n’ont rien de négligeable (composées de roches excavées pour accéder au minerai et de minerais dont la teneur en uranium est inférieure aux teneurs exploitables).

Aux installations d’extraction du minerai, se sont ajoutées les installations de traitement mécanique et chimique pour extraction de l’élément uranium qui ont produit plus de 50 millions de tonnes de résidus radioactifs.

Les stériles sont des déchets radioactifs dont l’activité massique est typiquement de l’ordre de plusieurs dizaines de milliers de Bq/kg ; les résidus issus du traitement mécanique et chimique des minerais ont des activités de plusieurs centaines de milliers de Bq/kg. Dans les deux cas, il s’agit de déchets radioactifs de très longues durées de vie : périodes radioactives de 75 000 ans pour le thorium 230, de plusieurs milliards d’années pour l’uranium 238.

Du fait de leur radiotoxicité, de leur activité et de leur durée de vie, ces déchets relèvent des catégories TFA-VL et FA-VL qui imposent toute une série de prescriptions pour prévenir les transferts vers la biosphère et les populations. Or, aucune des règles applicables n’est respectée.

Les actions conduites au niveau local se heurtent à la puissance d’AREVA et à ses relations privilégiées avec l’Etat. De plus, les actions en justice sont d’autant plus difficiles que la réglementation a été mise en place afin de favoriser l’exploitation à moindre coût des gisements uranifères. C’est une chose de constater des pollutions et des opérations inacceptables, s’en est une autre de pouvoir saisir la justice. Ce qui est illégitime et choquant n’est pas forcément illégal.

Pour plus de renseignements :
CRIIRAD / par mail :
bruno.chareyron@criirad.org ou par téléphone : 04 75 41 82 50

Impact des mines d’uranium sur le territoire français
http://www.criirad.org/actualites/uraniumfrance/somuraniumfrance1.html

Impact des mines d’uranium au Niger
http://www.criirad.org/actualites/dossiers2005/niger/somniger.html

Participants et intervenants au stage « Mines d’Uranium » du 23-24 août 2012


Avec l'autorisation des auteurs, source : http://www.criirad.org/actualites/dossier2012/mines/cp-criirad-cmu.pdf

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http://www.criirad.org/actualites/dossier_09/communique.pdf

11 février 2009

Impact des anciennes mines d’uranium

Les demandes de la CRIIRAD

Emission « Pièces à Conviction » du 11 février 2009


La CRIIRAD a apporté son appui scientifique à la réalisation de reportages pour un numéro de « Pièces à conviction » consacré aux déchets et pollutions laissées par l’exploitation des mines d’uranium.

Sous le titre « le scandale de la France contaminée », il doit être diffusé mercredi 11 février à 20h35 sur France 3.

Le sujet reprend plusieurs des études réalisées par le laboratoire de la CRIIRAD : à Saint-Priest-La-Prugne (site des Bois Noirs) dans la Loire, La Crouzille en Haute-Vienne, Gueugnon en Saône-et-Loire, Saint-Pierre dans le Cantal….

Nous espérons que cette émission permettra au grand public de prendre conscience de la nécessité de corriger de graves dysfonctionnements dont certains sont dénoncés par la CRIIRAD depuis plus de 15 ans : contamination des ressources en eau, des sols, de l’air ; réglementation laxiste et incohérente privilégiant les intérêts de l’industriel au détriment de la protection sanitaire ; législation inadaptée qui ne permet pas à la justice de condamner des pollutions pourtant avérées ;  dispositif d’autosurveillance totalement inadapté conduisant à cacher la réalité des contaminations ; revente de terrains contaminés ; expertises complaisantes réalisées par les différents laboratoires qui se sont succédés qu’ils soient associés à l’Etat (SCPRI, OPRI, IPSN, IRSN) ou privés (SUBATECH, ALGADE) ....la liste est longue et les exemples sont détaillés à travers les rapports de la CRIIRAD disponibles sur son site (www.criirad.org).

Il est urgent que les pouvoirs publics, les services officiels (Ministères, ASN, IRSN, DRIRE) et l’industriel (AREVA) interviennent. Parmi la longue liste des demandes de la CRIIRAD nous n’en reprenons que 2 ci-dessous :

1. Mise en place d’une politique nationale sur la gestion des stériles radioactifs

L’exploitation des mines d’uranium a conduit à la production sur le territoire français de plus de 160 millions de tonnes de déchets radioactifs appelés par convention des « stériles ». Un terme trompeur puisque leur radioactivité est en général plusieurs dizaines de fois supérieure à la normale et le niveau de radiation au contact peut même être plus de 500 fois supérieur à la normale lorsque des blocs de minerai d’uranium sont mélangés aux stériles.

Tant que ces roches étaient en profondeur à plusieurs mètres et parfois plusieurs centaines de mètres sous nos pieds, la radioactivité subie par les populations était le plus souvent faible. Mais du fait du laxisme de la réglementation, ces matériaux ont été « recyclés » pendant des décennies et utilisés comme remblais, parfois même pour des écoles, habitations, locaux industriels. Dans certains cas, les doses subies par le public peuvent être largement supérieures aux limites sanitaires.

Les efforts conjugués d’associations locales, de collectivités territoriales et de la CRIIRAD ont permis d’obtenir ponctuellement d’AREVA que des terrains soient décontaminés. Ainsi la cour de l’école de Lachaux (Puy de Dôme en 2006), la cour d’une ferme et le parking d’un restaurant sur le site des Bois Noirs (Loire et Allier à partir de 2004).

Mais AREVA, avec l’aval des autorités, dont l’Autorité de Sûreté Nucléaire, refuse de traiter tous les sites contaminés. Pour effectuer l’analyse des risques, AREVA n’utilise que des mesures de radiation à hauteur de la ceinture ce qui peut diviser la dose par un facteur 10, 100 et plus. L’ASN et l’IRSN continuent de refuser d’imposer à AREVA la prise en compte du niveau de radiation au contact du sol.

AREVA et l’Etat jugent, par exemple, admissible de laisser des stériles radioactifs sur le parking du foyer de ski de fond de Lavoine (Allier). Pourtant la CRIIRAD a montré que des morceaux de minerai y délivrent une irradiation au contact supérieure à 100 microSieverts par heure (pour un niveau naturel local de 0,2 microSievert par heure). Cette radioactivité perdurera indéfiniment si ces matières ne sont pas enlevées.

Dans le même temps le Ministère de l’Environnement et l’ASN interdisent la mise en décharge d’ordures ménagères contaminées par des radionucléides à période courte (pratiques médicales) dès lors que le débit de dose au contact dépasse 5 microSieverts par heure ?!

La CRIIRAD demande :

  • La mise en place d’une politique nationale de recensement des sites concernés par la réutilisation de remblais radioactifs basée sur le couplage d’un questionnaire adressé aux populations et de mesures sur le terrain (comme cela a été fait à partir de 2004 sur le site des Bois Noirs).

  • La définition, au niveau national,  de critères stricts à partir desquels les sites doivent être décontaminés. Ces critères doivent tenir compte de l’ensemble des voies d’exposition dont l’irradiation au contact et les risques liés à l’ingestion et à l’inhalation de poussières et de radon. Le niveau des risques sanitaires résiduels doit être le plus faible possible et ce d’autant plus que la contamination va perdurer à l’infini si rien n’est fait. Le critère de 500 microSieverts par an retenu par exemple par la DRIRE de la Loire est beaucoup trop élevé. Cette valeur est en effet plus de 50 fois supérieure à la dose annuelle « officielle » reçue par les riverains de l’usine de retraitement de la HAGUE qui est pourtant une des installations nucléaires parmi les plus polluantes de France.

  • La fixation de servitudes pour les sites qui ne seraient pas décontaminés afin que les futurs acquéreurs des terrains achètent en connaissance de cause.

2. Révision des normes sur le traitement des eaux contaminées

Même plusieurs années et décennies après cessation de l’activité, les eaux qui s’écoulent depuis les anciens sites miniers et/ou les stockages de résidus radioactifs issus des anciennes usines d’extraction de l’uranium sont contaminées par des radionucléides très radiotoxiques (émetteurs alpha).

Alors que les rejets de radionucléides émetteurs alpha sont interdits aux centrales nucléaires, ils sont autorisés pour les mines d’uranium.

De plus, les normes de rejets sont fixées à des niveaux trop élevés qui ne tiennent pas compte des phénomènes d’accumulation des métaux lourds radioactifs à longue période dans la faune et la flore aquatiques, les sédiments et les terres des berges.

Le laboratoire de la CRIIRAD a démontré ces problèmes depuis 1993 (Limousin) et n’a cessé d’alerter sur ce problème depuis cette date.

Dans le cas par exemple de la mine des Bois Noirs (Loire) les rejets radioactifs effectués dans la rivière transforment certaines plantes aquatiques en déchets radioactifs avec des accumulations en radium 226 supérieures à 100 000 Bq/kg sec (mesures CRIIRAD de 2006).

En Limousin, les eaux qui s’écoulent de la mine de Bellezane contaminent les prairies en aval à un point tel que les sols soumis au débordement du cours d’eau deviennent des déchets radioactifs. L’administration est consciente de cette réalité. Pourtant, malgré les demandes de la CRIIRAD (2006) elle a autorisé AREVA à rajouter, aux 1,5 millions de tonnes de déchets radioactifs déjà présents dans la mine, les boues contaminées issues du curage du lac de Saint-Pardoux et de l’étang de la Crouzille.

La CRIIRAD demande :

  • Que l’analyse de l’impact des rejets radioactifs liquides prenne en compte tous les radionucléides et tienne compte des phénomènes de bioaccumulation.

  • Que les normes de rejets soient abaissées de manière drastique.

  • Que les prairies soumises à ces écoulements soient décontaminées.

Pour en savoir plus :
CRIIRAD : 04 75 41 82 50 / Par E-Mail : 
bruno.chareyron@criirad.org (portable ; 06 27 27 50 37) et contact@criirad.org à partir du samedi 14 février 2009.

Avec l'autorisation des auteurs, source : http://www.criirad.org/actualites/dossier_09/communique.pdf


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http://www.criirad.org/actualites/uraniumfrance/Synthese_PDF/francais.pdf

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NB : il s’agit du texte original de l’article publié par le magazine
« L’Ecologiste N°16 septembre-octobre-novembre 2005 /
Mines d’Uranium : la pollution cachée »

L’impact radiologique de 50 années d’extraction de l’uranium en France
Exiger de COGEMA-AREVA un réaménagement satisfaisant des sites

Rédaction : Bruno CHAREYRON, ingénieur en physique nucléaire, responsable du laboratoire de la CRIIRAD / année 2005

En France, environ 200 sites d’extraction d’uranium ont été exploités sur 25 départements (voir carte officielle ci-après). Plus de 70 000 tonnes d'uranium ont été extraites entre 1946 et 2001.

Les principaux gisements se situaient dans le Limousin, le Forez, la Vendée, la Lozère et l'Hérault.

En fonction de la profondeur du gisement, le minerai d’uranium était extrait par carrières à ciel ouvert ou par galeries souterraines.

Dans tous les cas, l’accès au filon a nécessité l’extraction préalable de roches plus ou moins radioactives appelées stériles (typiquement 10 tonnes de stériles pour une tonne de minerai dans le cas des mines à ciel ouvert et une tonne pour une tonne dans le cas des travaux souterrains).

Ces travaux ont favorisé les émanations de poussières radioactives, de radon (gaz radioactif) et la contamination des eaux circulant sur des roches fracturées, dans les galeries de mines, etc…

L’activité de l’uranium 238 est en moyenne de 40 Becquerels par kilogramme (Bq/kg) dans l’écorce terrestre, 200 Bq/kg dans un granite classique et de l’ordre de 25 000 Bq/kg dans un minerai dont la teneur en uranium est de 0,2 %.

Dans les roches naturelles, l’uranium 238 est dit en « équilibre séculaire » c'est-à-dire que ses 13
descendants radioactifs (thorium 234, uranium 234, thorium 230, radium 226, radon 222, plomb 210, polonium 210, etc…) ont la même activité que lui (voir chaîne de désintégration ci-après).

Ainsi un kilogramme de minerai contenant 25 000 Becquerels d’uranium 238 a une radioactivité totale de 14 fois ce chiffre soit 350 000 Bq/kg (à laquelle il faut ajouter l’activité d’autres radionucléides naturels :l’uranium 235, le thorium 232 et leurs descendants ainsi que le potassium 40).


Carte IRSN et Ministère de l’Ecologie et du Développement Durable /
Inventaire National des Sites Miniers / Avril 2004

Chaîne de désintégration de l’uranium 238 (source : CRIIRAD)

Extraire l’uranium, une opération à risque

L'extraction du minerai uranifère puis de l'uranium conduit à manipuler des substances radioactives qui ont des caractéristiques très pénalisantes en termes de radioprotection :
– Il s'agit de radionucléides à
très longue période physique. La période physique de l’uranium 238 étant de 4,5 milliards d’années, la radioactivité des roches et déchets uranifères ne décroît quasiment pas à l’échelle humaine.
– Certains des descendants de l’uranium 238 (plomb 210 et polonium 210) figurent parmi les radionucléides les plus
radiotoxiques par ingestion (radiotoxicité1 égale ou supérieure à celle du plutonium 239).
– Certains des descendants de l’uranium 238 (thorium 230) figurent parmi les radionucléides les plus
radiotoxiques par inhalation (radiotoxicité égale ou supérieure à celle du plutonium 239).

Si des précautions drastiques ne sont pas prises, l’exploitation de l’uranium ne peut que conduire à augmenter le niveau de radioactivité de la biosphère. Tous les milieux peuvent être touchés (air, sol, eau, faune, flore).

Les usines d’extraction de l’uranium et les résidus d’extraction

L’extraction de l’uranium contenu dans les minerais se fait par attaque chimique qui permet de dissoudre et entraîner sélectivement l’uranium. Ce procédé est appelé lixiviation. En fonction de la teneur en uranium du minerai les exploitants ont pratiqué la lixiviation statique (acide versé sur le tas de minerai « pauvre » par exemple) ou la lixiviation dynamique en usine. Dans ce dernier cas, les minerais étaient envoyés à l’usine d’extraction de l’uranium où la roche était concassée, broyée puis attaquée à l’acide. Environ 95 % de l’uranium contenu dans la roche pouvait être extrait.

Les résidus d’extraction de l’uranium sont caractérisés par :
une radioactivité importante, supérieure à 100 000 Bq/kg et parfois à plus de 500 000 Bq/kg. En effet, les résidus contiennent encore 80 % de la radioactivité initiale du minerai car les 10 radionucléides descendants de l’uranium à partir du thorium 230 (typiquement de 10 000 à 20 000 Bq/kg pour chacun) n’ont pas été extraits par le traitement chimique. La quantité d’uranium résiduel non extrait présente en outre une activité non négligeable (de l’ordre de 1 000 Bq/kg),
– une
faible granulométrie (boue fine) qui favorise la dispersion ultérieure des radionucléides. Le minerai initial, roche dure située en profondeur, devient un résidu d’extraction sous forme d’une boue de très fine granulométrie. Lorsque cette boue sèche, les poussières radioactives qu’elle contient peuvent être dispersées par le vent. Si elle est humide, le transport est possible via les eaux. Or ces résidus contiennent des éléments très radiotoxiques (thorium 230, plomb 210 et polonium 210),
– La présence de
100 % du radium 226 initialement contenu dans le minerai. Sa désintégration génère en permanence un gaz radioactif, le radon 222, difficile à confiner,
– la présence de radionucléides à
très longue période physique, ce qui pose la question du confinement à long terme. Ces déchets seront radioactifs pendant des centaines de milliers d’années compte tenu de la période physique du thorium 230 (75 000 ans).
– La présence de
produits chimiques liés au traitement (attaque à l’acide sulfurique, neutralisation à la chaux) dans une proportion de 100 kilogrammes par tonne environ.

Huit usines d’extraction de l’uranium par voie chimique ont fonctionné en France : l’Ecarpière en Loire-Atlantique, Jouac et Bessines-sur-Gartempe en Haute-Vienne, Gueugnon en Saône-et-Loire, Les Bois Noirs dans la Loire, Le Cellier en Lozère, Saint-Pierre dans le Cantal et Le Bosc (Lodève) dans l’Hérault.

Ces usines ont généré plus de 50 millions de tonnes de résidus d’extraction répartis sur une vingtaine de sites de « stockage » officiels. Il s’agit de stockages à sec (en carrière) ou sous eau (derrière des digues). Sans compter les situations où la fraction sableuse des résidus a été utilisée pour remblayer d’anciennes galeries (remblayage hydraulique par plus d’un million de tonnes en Limousin). Dans ce cas,les déchets sont directement au contact des eaux souterraines.

Le cas du Limousin

En Limousin par exemple, l’exploitation des gisements d’uranium a commencé en 1949, d’abord sous la responsabilité du CEA, puis, à partir de 1976, sous celle de sa filiale, la COGEMA (COmpagnie GEnérale des MAtières nucléaires). Au terme de plus de 40 ans d’exploitation, la division minière de la Crouzille comportait une quarantaine de sites miniers (incluant mines à ciel ouvert et galeries souterraines) ainsi qu’une usine d’extraction physico-chimique de l’uranium contenu dans le minerai. Implantée à Bessines, l’usine était exploitée par la SIMO, filiale à 100% de la COGEMA.

L’exploitation de l’uranium s’est terminée sur le sol français en mai 2001 (fermeture de la mine de Jouac). Aujourd’hui l’uranium utilisé dans les centrales nucléaires françaises est extrait principalement au Niger et au Canada.

Tous les sites français sont aujourd’hui fermés et placés, du moins actuellement, sous la responsabilité de COGEMA-AREVA.

Plus de 10 ans d’études de la CRIIRAD

La CRIIRAD a travaillé sur la problématique de l’impact des mines d’uranium à partir du début des années 90. Elle a étudié plus d’une dizaine de sites des départements de Haute-Vienne, Loire-Atlantique, Haute-Loire, Loire, Hérault, Cantal, Saône-et-Loire, etc…

Une liste des études conduites par le laboratoire de la CRIIRAD est reportée en annexe 1.

Toutes ces études ont été réalisées pour le compte d’associations ou de collectivités locales (Mairies, Conseils Généraux, Conseils Régionaux) et ont systématiquement pour origine l’action d’associations locales de protection de l’environnement qui, par un travail de longue haleine, parviennent à sensibiliser les élus locaux.

Un impact radiologique inacceptable

Sur tous les sites miniers qu’elle a contrôlés, la CRIIRAD a pu constater que l’exploitation de l’uranium a entraîné une contamination très significative de l’environnement, une violation des principes internationaux de radioprotection. Il en découle des expositions aux rayonnements ionisants qui conduisent presque systématiquement à des risques de cancer « non négligeables » (au sens de la directive Euratom de mai 1996, soit une dose efficace ajoutée supérieure à 10 microSieverts par an) et dans de nombreux cas à des risques inacceptables (dose efficace ajoutée supérieure à 1 000 microSieverts par an).

Cet impact, manifeste pendant l’exploitation des installations (mines et carrières, usines d’extraction de l’uranium) est également très significatif après cessation de l’exploitation et « réaménagement » des sites.

Il est dû à la dispersion de matériaux radioactifs solides, à l’insuffisance du traitement des eaux contaminées, à la réutilisation de ferrailles contaminées, au manque de confinement des résidus radioactifs, aux émanations de gaz radioactif, le radon 222, etc… Certains exemples sont illustrés ci-dessous.

Des matériaux radioactifs sortis des entrailles de la terre …

Avant leur extraction, les minerais radioactifs étaient enfouis très souvent à plusieurs dizaines, voire centaines de mètres sous la surface (certaines galeries de mines sont à plus de 400 mètres de profondeur). A l’exception de quelques affleurements localisés : les « indices uranifères » - qui avaient permis aux prospecteurs de découvrir les filons en parcourant les campagnes au moyen de compteurs Geiger ou de scintillomètres gamma - les radiations émises par l’uranium et les autres corps radioactifs qui lui sont associés étaient donc largement arrêtées par les couches du sol.

L’uranium 238 émet des rayonnements alpha ; ses descendants radioactifs émettent selon leur nature des rayonnements alpha ou bêta accompagnés parfois de rayonnements gamma. La manipulation du minerai d’uranium et des déchets associés conduit à subir une irradiation par tous ces rayonnements.

Tant que le minerai est sous plusieurs mètres de terre, les risques d’irradiation directe à la surface du sol sont quasiment nuls. La situation est très différente lorsque le minerai est remonté au jour.

Les rayonnements alpha de l’uranium peuvent parcourir 2,5 centimètres dans l’air et sont arrêtés par l’équivalent d’une feuille de papier à cigarette (parcours de 30 microns dans l’eau).

Les rayonnements bêta les plus énergétiques peuvent parcourir plusieurs mètres dans l’air, mais sont arrêtés par une feuille d’aluminium de 2 millimètres d’épaisseur.

Les rayonnements gamma qui sont en réalité des ondes électromagnétiques très pénétrantes peuvent parcourir des dizaines de mètres dans l’air (120 mètres et plus pour certains rayonnements très énergétiques associés au plomb et au bismuth 214, descendants de l’uranium). C’est pourquoi il est possible de détecter des filons d’uranium affleurants au moyen de sondes embarquées sur hélicoptère. Par contre, il suffit de quelques centimètres de terre pour diviser le rayonnement par 2. Un mètre de terre le diviserait par un facteur supérieur à 100 fois.

L’extraction du minerai a consisté à remonter à la surface, par une exploitation en carrières à ciel ouvert ou galeries souterraines, des millions de tonnes de roches (plus de 57 millions de tonnes de roches par exemple pour le Limousin, selon la COGEMA).

Ces roches étaient systématiquement « triées » au compteur Geiger. Lorsque leur radioactivité était « faible », donc leur teneur en uranium « relativement » basse, l’exploitant les mettait de côté. Ces roches étaient alors appelées « stériles ». Malheureusement la radioactivité de ces stériles pouvait être plusieurs dizaines de fois et même plus de cent fois plus élevée que celle des sols naturels « normaux ». Le seuil de coupure « économique » était typiquement en Limousin de 4 000 Bq/kg soit 100 fois l’activité moyenne de l’écorce terrestre et 20 fois celle d’un granite classique.

Une partie de ces roches radioactives a été amoncelée en tas (les verses à stériles, voir photographie 1) situées sur l’emprise des sites miniers. Ces verses posent des problèmes car elles n’ont pas été correctement réaménagées. Les mesures effectuées par la CRIIRAD depuis plus de 10 ans montrent que le niveau de radiation au dessus de ces verses est anormalement élevé (le débit de dose à 1 mètre du sol est alors typiquement 2 à 5 fois supérieur à la normale, et plus, lorsque des morceaux de minerai sont mélangés au « stérile »). Elles sont pourtant bien souvent accessibles au public (ni répertoriées, ni grillagées) et parfois réutilisées pour des activités de loisir. Elles posent également problème dans la mesure où les eaux de pluie qui ruissellent sur les verses se chargent en uranium et ses descendants et transfèrent ces radionucléides au milieu aquatique de surface.

et réutilisés sans précaution

Une partie de ces stériles a même été utilisée par les municipalités, les Directions Départementales de l’Equipement et les particuliers pour remblayer des routes, des chemins ou des plates-formes. Parfois ces matériaux radioactifs ont même été utilisés sur des terrains de sport ou sous des bâtiments.

La CRIIRAD a pu mettre en évidence la dispersion de ces matériaux radioactifs autour de toutes les mines d’uranium qu’elle a contrôlées en Loire Atlantique, Haute-Vienne, dans l’Hérault, le Cantal ou la Loire, etc…

Le site minier des Bois Noirs, par exemple, situé à la limite des départements de la Loire et de l’Allier, a été exploité par le CEA puis la COGEMA de 1955 à 1980. La municipalité de Saint-Priest-La-Prugne et le collectif des Bois Noirs se sont battus pendant 5 ans pour obtenir que soit réalisée une expertise indépendante de la situation radiologique du site. Cette étude, réalisée par la CRIIRAD de 2001 à 2004, dans le cadre d’une contre-expertise soumise à un comité scientifique – les prélèvements étaient effectués en double par un second laboratoire choisi par la COGEMA - , a permis de déceler, sur de nombreux sites proches de l’ancienne mine, un niveau de radiation anormalement élevé (débit de dose à 1 mètre du sol supérieur à 1 microSievert par heure soit plus de 5 fois supérieur à la normale, flux de rayonnement gamma au contact du sol parfois plus de 100 fois supérieur à la normale). Il s’agit de chemins, de parkings (foyer de ski de fond, cour du centre de loisir et restaurant), cour d’habitations privées, scieries, hangars, etc…


1 Verse à Stériles de Puy de l’Age (CRIIRAD, 1993)

Dans tous ces cas, les matériaux radioactifs étant à la surface du sol, il n’y a plus de protection par la terre. Le niveau de radiation à 1 mètre du sol est alors nettement plus élevé que celui du terrain naturel. La dose de radiation subie par les habitants dépend bien entendu de la surface de terrain remblayée par les stériles, du degré de radioactivité des stériles (concentration en uranium) et du temps passé sur ces terrains. Il est certain que ces doses ne sont pas négligeables sur le plan sanitaire (au sens de la directive Euratom de mai 1996) et pourraient très probablement conduire certains habitants à des niveaux de risque inacceptables.

C’est le cas en particulier lorsque les stériles radioactifs sont situés sous des bâtiments habités. En effet, s’ajoute alors à l’irradiation directe (rayonnement gamma principalement), l’inhalation du radon, gaz radioactif produit en permanence par la désintégration de l’uranium, et qui s’accumule d’autant plus qu’un espace est clos et insuffisamment ventilé. Le radon 222 est reconnu comme cancérigène pour l’homme par l’Agence Internationale de Recherche sur le Cancer et serait, selon les experts, la seconde cause de cancer du poumon après le tabac.

Cette situation concernait une scierie dans l’Allier, construite il y a plus de 20 ans sur des remblais radioactifs issus de la mine d’uranium des Bois Noirs. La CRIIRAD a démontré en 2001, que, du fait de la présence de ces « stériles », les niveaux de radon dans la scierie dépassaient fortement les limites sanitaires (la CRIIRAD mesurait 7 700 Bq/m3 alors que, dans les lieux de travail, la limite actuelle est de 400 Bq/m3 et que, pour les établissements ouverts au public, est défini un seuil d’urgence de 1 000 Bq/m3, au-delà duquel la préfecture peut faire fermer l’établissement). Pour une personne qui aurait travaillé 2 000 heures dans l’atelier concerné, les doses de radiation (dues au radon) auraient pu dépasser les valeurs maximales admises pour un « travailleur du nucléaire », soit 20 milliSieverts par an. Compte tenu de la gravité de cette situation, la CRIIRAD a fait part de ces résultats rapidement aux autorités et la COGEMA a été contrainte de financer la décontamination du site (voir photographies 2 et 3) d’où ont été enlevés en 2003 environ 8 000 m3 de remblais radioactifs. Un technicien de la COGEMA a pourtant reconnu publiquement avoir fait des contrôles radiamétriques, il y a quelques années, sur les remblais situés devant la scierie. Il savait qu’ils étaient radioactifs mais n’avait pas jugé la situation « anormale ».


2 et 3 Scierie en cours de décontamination près du site des Bois Noirs
(photo B Chareyron et Jeff Rachel, janvier 2004)

De nombreux autres sites sont concernés, bien qu’à un niveau de risque nettement inférieur. Lors de la réunion de présentation des résultats en préfecture de Roanne, le 7 octobre 2003, la CRIIRAD a insisté auprès des autorités pour que les remblais radioactifs présents dans l’environnement accessible au public, et en priorité lorsqu’ils sont à proximité des lieux d’habitation, soient également retirés. Dans certains cas, il serait justifié de retirer rapidement les blocs de minerai les plus actifs. Cette démarche a conduit les pouvoirs publics à distribuer un questionnaire aux habitants des communes proches du site des Bois Noirs, en 2004, afin de déterminer s’ils ont pu utiliser des remblais miniers ou collectionner des minéraux issus de la mine. C’est une première en France.

Sous la pression des associations et de la CRIIRAD, la cour d’une ferme (voir photographies 4 et 5) a également été décontaminée par la COGEMA en 2004, à Saint-Priest-La-Prugne, mais il faudra que les habitants et leurs représentants élus ou associatifs restent vigilants, mobilisés et exigeants pour obtenir une remise en état de l’environnement la plus proche possible de l’état antérieur à l’exploitation minière.


4 La CRIIRAD (B Chareyron) mesure le niveau de radiation émis par du minerai uranifère dans la cour de la ferme de
Moulin Poyet (Photo Jeff Rachel, janvier 2004) /
5
La CRIIRAD invite les media à constater la présence de remblais radioactifs dans la cour d’une ferme à
Saint-Priest-La-Prugne en présence du maire de la commune et du Collectif des Bois Noirs (Janvier 2004, photo Jeff Rachel)

En effet, lors d’une courte mission sur place en janvier 2005, la CRIIRAD a voulu vérifier le niveau de radiation sur le parking d’un restaurant qu’elle avait identifié en 2001 et dont elle avait publiquement demandé la décontamination en janvier 2004 (lors d’une réunion publique en présence des élus locaux, de la DRIRE et de la COGEMA). Le site avait été entre-temps revendu à un jeune hollandais. Ce dernier, qui ne parlait pas le français, a été très surpris quand nous lui avons montré le niveau de radiation sur son terrain. Personne ne l’avait prévenu lors de la transaction. Nous avons informé la mairie le jour même.

Un représentant de la DRIRE, que nous avons interpellé sur ce dossier, a estimé que dans la mesure où la présence de remblais radioactifs ne faisait pas l’objet de servitudes, il n’y avait pas lieu d’informer l’acquéreur. La CRIIRAD estime cette réponse inacceptable et considère que les remblais radioactifs doivent être recherchés, enlevés et stockés sur des sites dédiés hors d’atteinte du public. Dans cetteattente une procédure d’information des propriétaires et des servitudes adéquates doivent être mises en place (inscription au POS, etc..).

Il faut donc que, sur toutes les communes proches d’anciennes mines d’uranium, les habitants se mobilisent pour obtenir un recensement des sites où ont été réutilisés des remblais miniers et leur enlèvement. Il va sans dire que c’est un travail de longue haleine, mais qui doit être engagé car l’industriel responsable - la COGEMA - est actuellement solvable et doit assumer les travaux de rémédiation. Ces travaux doivent être engagés avant que l’on perde la mémoire de ces sites et que les matériaux radioactifs – dont la radioactivité ne décroîtra pratiquement pas à l’échelle humaine - ne soient dispersés plus loin au gré des travaux à venir.

L’insuffisance de la gestion et du traitement des effluents liquides

L’exploitation par carrière ou galeries souterraines impose de pomper en permanence les eaux de ruissellement ou les eaux de nappe qui ont tendance à combler les excavations. Ces eaux, appelées « eaux d’exhaure », contiennent des métaux lourds et des radionucléides dont certains sont très radiotoxiques par ingestion. Il en va de même pour les eaux industrielles issues des usines d’extraction de l’uranium. Certaines de ces eaux n’étaient pas du tout, ou très insuffisamment, traitées avant rejet. Dans certains cas, elles ont même été déversées dans des ruisseaux alimentant des réserves d’eau destinée à la consommation humaine.

Les mesures effectuées en 1993 par la CRIIRAD sur la division minière de la Crouzille, en Limousin, ont montré :

que la charge en uranium et en radium des eaux d’exhaure pouvait être 100 fois supérieure aux niveaux naturels, voire plusieurs milliers de fois.

que l’activité de l’uranium et / ou du radium dans les eaux d’exhaure après traitement était susceptible de dépasser les normes (pour 2 contrôles sur 5, sachant que la COGEMA était prévenue des dates et lieux de prélèvement).

L’examen des documents transmis à la DRIRE a montré que les dépassements étaient fréquents et parfois permanents. Ainsi, pour la mine de Puy de l’Age, la concentration en radium des rejets de l’année 1991 dépassait la limite fixée par arrêté préfectoral, en mai, juin, août et septembre. La moyenne annuelle elle-même était en dépassement.

L’insuffisance des normes de traitement des effluents avant restitution au milieu naturel et le caractère rudimentaire des dispositifs de traitement mis en œuvre par la COGEMA (voir photographies 6 et 7) expliquent l’intensité de la contamination du milieu aquatique en aval des mines d’uranium.


6 Bassin de décantation des eaux d’exhaure de la mine COGEMA de Puy de l’Age en Limousin (CRIIRAD, 1993)
7
Station de traitement des eaux des mines COGEMA-AREVA à ’Augères en Limousin (CRIIRAD, janvier 2005)

Dans le cadre de l’étude de 1993 en Limousin, la CRIIRAD a montré par exemple que dans les ruisseaux situés en aval immédiat des mines de Puy de l’Age et de Bellezane, l’accumulation d’uranium et de radium était telle (plusieurs dizaines de milliers de Bq/kg) que l’on pourrait qualifier les plantes aquatiques et les sédiments de « déchets radioactifs ».

On mesurait dans les plantes aquatiques du ruisseau de Bellezane, en aval des rejets traités du site de Puy de l’Age, une activité en radium 226 de 28 700 Bq/kg sec soit plus de 200 fois le niveau naturel. Dans la rivière Gartempe, située au cœur de la division minière, la contamination des sédiments et des plantes était détectable sur les 8 stations de contrôle et jusqu’au confluent avec la Brame, à plus de trente kilomètres de Bessines-sur-Gartempe.

A Puy de l’Age, malgré les constats de la CRIIRAD, renouvelés en 1998, la COGEMA n’a pas amélioré ses dispositifs de collecte et de traitement des eaux, et n’a pas accepté de décontaminer les berges du ruisseau et les prairies. La préfecture a même accepté, par arrêté de 1999, que la COGEMA cesse tout traitement des eaux et abandonne les contrôles de radioactivité dans l’environnement. La mine de Puy de l’Age est officiellement parfaitement réaménagée. Elle sert même de vitrine à la COGEMA pour illustrer la qualité de son réaménagement (elle a d’ailleurs fait l’objet de la visite de presse organisée par la COGEMA le 25 mai 2005).

En 2003 et 2004, pourtant, la CRIIRAD a pu vérifier à nouveaux que les sédiments du ruisseau en aval de la mine de Puy de l’Age et les terres des berges des prairies en aval restaient contaminés (plus de 10 000 Bq/kg pour l’uranium 238 et plus de 30 000 Bq/kg pour le radium 226). Ce degré de contamination dépasse pourtant largement (parfois d’un facteur supérieur à 10) les seuils définis par la Direction Générale de la Santé pour la décontamination des terrains pollués… et la COGEMA refuse de racheter les terrains à leurs propriétaires (voir photographies 8 et 9).


8 et 9 MCO de Puy de l’Age réaménagée et contamination de la prairie en aval (CRIIRAD).

La dispersion de ferrailles contaminées

Dans le cadre d’une mission préliminaire au NIGER, la CRIIRAD a découvert que les filiales de COGEMAAREVA laissaient sortir dans le domaine public des ferrailles dont le degré de contamination peut induire une exposition supérieure aux normes sanitaires (voir photographies 10 et 11).

Récemment en 2004, dans le cadre du projet de démantèlement de l’ancienne usine SIMO à Saint-Priest-La-Prugne, la COGEMA envisageait toujours de recycler des ferrailles avec un taux de contamination inacceptable (jusqu’à 1 microGray par heure à 50 centimètres). Le fait de passer 4 heures par jour pendant 300 jours de l’année à 50 cm de ces ferrailles conduirait à une exposition externe de 1 200 microSieverts par an. Une telle valeur est supérieure à la limite de dose maximale annuelle admissible pour la somme de toutes les voies d’exposition à toutes les pratiques (1 000 microSieverts par an). Or selon le mode de réutilisation de ces ferrailles (poutres, ventilateurs, tuyauteries) des personnes pourront très bien passer chaque jour un temps important à proximité.


10 et 11 la CRIIRAD (B Chareyron) détecte la présence de ferrailles contaminées sur le marché
à Arlit, Niger en décembre 2003.
Photo de droite : un fragment de tartre est prélevé sur la tuyauterie contaminée

L’association Collectif des Bois Noirs et la CRIIRAD ont exigé qu’aucun matériau de démantèlement de l’usine ne soit recyclé, ce que la COGEMA a finalement accepté.

Mais il est très probable que des ferrailles contaminées issues des 200 chantiers miniers et recyclées dans le passé soient encore utilisées par des artisans ou des entreprises inconscientes de la radioactivité.

La dispersion de blocs de minerai et minéraux radioactifs

Les minéralisations uranifères peuvent avoir de magnifiques couleurs (verte, jaune, rouge) selon la forme chimique de l’uranium. L’exploitation de l’uranium a donc conduit des particuliers, riverains des sites, travailleurs, collectionneurs, à ramener à leur domicile des « cailloux » radioactifs. Au cours des années 90, la CRIIRAD a déjà fait évacuer par les CMIR (Cellule Mobile d’Intervention Radiologique) des minéraux chez des particuliers de la région Rhône-Alpes. Le niveau de radiation au contact de certains minéraux peut en effet être très significatif.

En juin 2002, la CRIIRAD a mesuré un débit de dose de 1 milliSievert par heure au contact d’un morceau de minerai déposé dans la plate-bande d’un pavillon à Saint-Priest-La-Prugne dans la Loire. Une heure de présence au contact de ces roches radioactives conduit à dépasser la limite de dose maximale annuelle. La CRIIRAD et le Collectif des Bois Noirs ont informé les autorités préfectorales et le minerai a été évacué par la COGEMA. Selon des témoignages locaux, la forte radioactivité de l’échantillon était bien connue des spécialistes. Il avait même été présenté à l’exposition universelle dans les années 50. Par la suite, le Collectif des Bois Noirs a organisé une campagne de mesure chez les particuliers au moyen d’un petit compteur Geiger fourni par la CRIIRAD. Une dizaine d’échantillons ont été collectés et remis à la COGEMA.

La contamination de l’air extérieur (poussières et gaz radioactifs)

Les activités minières ont entraîné, lors de l’exploitation et du réaménagement, la dispersion de poussières radioactives (tirs à l’explosif, roulage des engins, concassage du minerai). Le fonctionnement des usines d’extraction également. Dans le cadre de l’étude réalisée en 1993 sur la division minière de la Crouzille, la CRIIRAD a montré cet impact en analysant la concentration en uranium dans les mousses terrestres. Dans un rayon de 1,5 kilomètres autour du site COGEMA de Bessines, les teneurs moyennes en uranium et radium étaient 4 fois supérieures au niveau naturel régional. Ceci montre que des poussières radioactives sont présentes dans l’air ambiant et donc inhalées par les populations.

Or les appareils de mesure utilisés par la COGEMA-Algade pour mesurer la radioactivité effective de l’air ambiant dans l’environnement et les villages étaient tellement peu sensibles que leurs résultats sont pratiquement toujours restés inférieurs aux limites de détection.

Dans le cadre de cette étude, la CRIIRAD a montré également que la concentration en radon dans l’air extérieur autour du site de Bessines-sur-Gartempe était anormalement élevée (10 à 30 fois supérieure au niveau naturel estimé à 33 Bq/m3), respectivement dans un hameau proche (294 Bq/m3) et sur la route communale qui traverse le site (895 Bq/m3). Les doses reçues par les riverains étaient susceptibles de dépasser les limites sanitaires. Les résultats de la COGEMA concluaient pourtant à l’absence d’impact du fait d’un réseau de stations de surveillance inadapté et du choix d’une station de référence située au droit d’une anomalie et permettant de gommer l’impact réel des sites (la concentration en radon au niveau de ce site de « référence » était supérieure à celle mesurée au niveau des sites miniers eux-mêmes).

Ces 2 exemples illustrent l’incapacité de l’exploitant à mesurer sérieusement l’impact de ses activités.

Lors de l’exploitation minière, l’augmentation de la radioactivité de l’air extérieur est accrue en particulier par le fonctionnement des bouches d’aérage. Afin de réduire la quantité de radon inhalée par les mineurs lors du travail en galeries souterraines, de puissants ventilateurs insufflent en effet de l’air frais dans ces galeries et en extraient l’air vicié. L’air extrait est chargé de poussières radioactives et de radon. Dans certains cas, les bouches d’aérages étaient à quelques centaines de mètres des habitations. Or les registres de la COGEMA en Limousin font état de rejets de plusieurs milliards de becquerels de radon par heure (moyenne mensuelle) avec une concentration en radon pouvant dépasser 200 000 Bq/m3 (juin 91, siège de Margnac).

Le problème du stockage à long terme des résidus d’extraction de l’uranium

En Limousin plus de 20 millions de tonnes de résidus sont accumulés sur 3 sites principaux (Montmassacrot, Bellezane, et Bessines) dans des conditions qui ne seraient pas acceptées pour l’enfouissement des ordures ménagères. En 1993, la CRIIRAD a montré par exemple qu’à Bellezane le stockage en carrière n’était pas étanche. La fraction la plus fine des 1 514 000 tonnes de résidus radioactifs déversés par camion (voir photographies 12, 13, 14) traversait le fond de la carrière et atteignait les galeries de mine souterraines. Ce constat n’avait rien d’étonnant puisque pour permettre « l’essorage des résidus », la COGEMA avait foré des sondages de liaison entre le fond de la carrière et les galeries souterraines. Ce stockage risque donc de contaminer à long terme les eaux souterraines de la région.


12 et 13 Déversement de résidus de l’usine SIMO de Bessines dans la carrière COGEMA de
Bellezane en Limousin (CRIIRAD, 1993)

La banalisation de ces résidus était telle en France que des personnes en ont utilisé pour faire le ciment de la dalle de leur cuisine, se retrouvant avec de très forts niveaux de radon dans la maison. A Bessines-sur-Gartempe (Limousin), les résidus étaient transportés par camions non bâchés et tombaient sur la chaussée devant les habitations. En 2005, la CRIIRAD a démontré que des résidus sont encore présents dans les fossés au bord de certains sites.


14 Accumulation de résidus dans une galerie sous le stockage de résidus de
COGEMA à Bellezane (CRIIRAD, 1993).

On peut s’interroger également sur la faisabilité de l’entretien et de la surveillance à très long terme des stockages de type digue comme à Saint-Priest-La-Prugne dans la Loire où 1 300 000 tonnes de résidus sont retenus, dans un bassin en eau de 18 hectares, par une digue en terre de 400 mètres de long.

Au Niger, ces déchets sont même amoncelés à l’air libre. La verse de stockage des résidus de l’exploitant, la COMINAK a une hauteur de 25 mètres et une surface de 50 hectares. Cela représentait au 31 décembre 2000, 10 500 000 tonnes de résidus avec une teneur moyenne de 49 000 Bq/kg pour le thorium 230, 57 000 Bq/kg pour le radium 226 et 54 000 Bq/kg pour le plomb 210, soit une radioactivité totale supérieure à 500 000 Bq/kg (si l’on ajoute la contribution de tous les descendants de l’uranium). Ces déchets sont pourtant soumis à l’action des puissants vents du désert.

Mise en cause de l’administration

Pour tous les sites miniers qu’elle a étudiés, la CRIIRAD a pu démontrer l’insuffisance des dispositifs d’autocontrôle mis en œuvre par la COGEMA pourtant placée sous le contrôle de l’administration (DRIRE et préfecture). Il faut dire que les DRIRE reconnaissent volontiers leur manque de moyens en hommes et en matériel. Elles ne peuvent donc que très rarement effectuer des contrôles effectifs sur le terrain.

Les dysfonctionnements constatés mettent également en cause les différents services de l’Etat en charge des contrôles de radioprotection et des expertises officielles (se sont succédés : SCPRI-OPRI-IPSNIRSN).Ces organismes ne sont que très peu intervenus pour vérifier la situation sur le terrain, sauf à une date récente et systématiquement sur des anomalies relevées par la CRIIRAD et les associations locales.

L’insuffisance des dispositifs d’auto-contrôle peut être illustrée par la métrologie de l’exposition externe c’est-à-dire l’évaluation du niveau de rayonnement gamma ambiant au voisinage des sites. La COGEMA confie cette prestation au laboratoire ALGADE, qui était, il y a quelques années encore, sa filiale à 100 %. Ce laboratoire utilise des capteurs fixes dont la CRIIRAD a pu démontrer qu’ils sont quasi systématiquement placés au droit de terrains sans anomalie radiologique, alors qu’à proximité il existe des secteurs où l’excès de radiation est manifeste (présence de remblais radioactifs, boues, sédiments ou terres contaminées par les écoulements).

A Puy de l’Age par exemple, la CRIIRAD mesurait en 1998 un débit de dose ambiant de 0,39 μSv/h au niveau du capteur COGEMA-ALGADE, soit une valeur 2 fois supérieure au niveau naturel estimé par la COGEMA à 0,19 μSv/h. Pourtant, la CRIIRAD mesurait 0,85 μSv/h à 20 mètres du capteur, du fait de la présence de stériles radioactifs dans le chemin, 1,1 μSv/h à moins de 100 mètres (au droit des berges du ruisseau contaminées par les écoulements de la mine) et 5,0 μSv/h au droit de l’ancien bassin de décantation des eaux de la mine dont le fond était constitué de boues radioactives.

Le niveau de radiation ajouté par les anciennes mines est calculé en soustrayant le niveau de radiation jugé « naturel ». La CRIIRAD a constaté que, du fait d’un choix de stations inadéquat, la COGEMA publiait des résultats laissant à penser qu’il y avait moins de radioactivité au voisinage des anciennes mines d’uranium que dans l’environnement naturel.

Les anomalies concernent également la pertinence des contrôles portant sur l’impact des poussières radioactives, du radon, la pollution des eaux, etc….Ces dysfonctionnements, dénoncés par la CRIIRAD dès 1993 sont toujours monnaie courante (en Limousin, dans le Cantal, le Lodévois, la Loire, etc…).

Le procès du 24 juin 2005 contre la COGEMA

L’action conjointe des associations locales, des élus et de la CRIIRAD a permis dans certains cas précis d’améliorer la protection des citoyens contre la radioactivité imputable à l’exploitation de l’uranium (enlèvement de remblais radioactifs ou de morceaux de minerai). Mais ces victoires limitées ne sont pas à la hauteur de l’enjeu écologique et sanitaire.

En s’appuyant en particulier sur les rapports scientifiques de la CRIIRAD concernant l’impact des mines d’uranium de la COGEMA en Limousin (1993 et 1998), l’association Sources et Rivières du Limousin a porté plainte contre la COGEMA en 1999 pour pollution des eaux et abandon de déchets.

Les juges de la cour d’appel de Limoges ont rendu en mars 2004 un arrêt qui confirme le travail du juge d’instruction et met clairement en cause l’administration (DRIRE) et la COGEMA : « modes de gestion non réglementaires des déchets radioactifs », « défaillances avérées » dans le respect des conditions d’exploitation fixées par l’administration, « négligence fautive » du fait de l’utilisation de moyens techniques « rudimentaires » pour prévenir la dissémination des substances radioactives. Outre ces constats accablants, les magistrats pointent également 1/ la mauvaise foi de l’exploitant qui a commencé par soutenir - contre toute évidence - que les concentrations de radioactivité étaient dues à des phénomènes naturels et non à ses activités 2/ l’intentionnalité des délits, la COGEMA ayant eu « connaissance des nombreux rapports » qui mettent en cause sa gestion et n’ayant « rien fait pour l’améliorer ».

L’arrêt souligne en outre que tout cela est le fait « d’une société industrielle d’envergure mondiale (…) dont l’importante communication publicitaire est presque exclusivement concentrée sur le thème de la protection de l’environnement ».

L’arrêt se conclut sur l’attachement des magistrats au principe du pollueur payeur : « La réalisation de ces diverses infractions a permis à la société COGEMA de réaliser des économies sur les coûts d’exploitation du site». Par conséquent, « il apparaît socialement normal que le coût environnemental de cette activité ancienne ne soit pas supporté par les habitants du Limousin » d’autant que «La Cogéma a réalisé d’importants profits avec l’exploitation du minerai d’uranium. »

Le procès s’est tenu à Limoges le 24 juin 2005. Le tribunal a mis le jugement en délibéré au 14 octobre 2005. Les enjeux de la décision à venir sont considérables. Il s’agit de savoir si la COGEMA va être autorisée à se retirer en laissant l’héritage radioactif à la charge des habitants et de leurs descendants ou si elle va devoir assumer ses responsabilités en tant que producteur des déchets et responsable des pollutions.

La qualité du réaménagement conditionne notre avenir

L’extraction de l’uranium a été effectuée, en France, à moindre frais. Les exploitants ont bénéficié en particulier d’une réglementation inadaptée. L’héritage radiologique est lourd et l’impact sur l’environnement manifeste. Nous sommes à un moment clef où est organisé l’abandon administratif et juridique des sites.

Les populations et leurs élus doivent se battre pour exiger une meilleure surveillance radiologique, à long terme et des travaux de remédiation. Le dossier du réaménagement des anciennes mines d’uranium et de la gestion des déchets associés doit être remis à plat. Il faut revoir le cadre réglementaire, reconnaître la radiotoxicité du minerai d’uranium et des déchets associés, améliorer les dispositifs de collecte et de traitement des eaux issues des anciennes mines, inventorier les sites à risque, reprendre et confiner les remblais dispersés, curer les ruisseaux, lacs et étangs contaminés, revoir les concepts de stockage des résidus, recouvrir les verses à stériles de matériaux limitant le ruissellement, etc…

La question de l’impact sanitaire passé et futur de l’extraction de l’uranium ne peut être abordée ici. L’impact sur les mineurs est avéré au niveau international en particulier en ce qui concerne l’excès de cancer du poumon. Les études épidémiologiques conduites sur les mineurs français par le CEA-IPSNIRSN devraient être ré-examinées par des experts indépendants.

Comme pour les autres sites à risque radiologique, l’impact sur la santé des riverains des mines d’uranium françaises n’a pas été étudié. Des études conduites à l’étranger suggèrent une augmentation des taux d’aberrations chromosomiques chez les mineurs et les populations riveraines ce qui, pour les biologistes, est l’indication d’un risque plus important de développer des pathologies cancéreuses. Il y a lieu de s’interroger également sur les conséquences en termes génétiques. Des travaux récents sur l’instabilité génomique montrent que l’exposition chronique de mammifères à de faibles doses de radiations a des effets sur plusieurs générations et que les effets, au lieu de décroître au fil des générations, peuvent s’amplifier.

Compte tenu des estimations dosimétriques effectuées par la CRIIRAD, il est possible de démontrer que dans l’environnement des mines d’uranium françaises, certains groupes de population ont subi et subissent encore des expositions très significatives qui doivent être abaissées, en application du principe d’optimisation.

En utilisant les modèles dosimétriques officiels2 il est possible de démontrer par ailleurs que l’impact dosimétrique passé, présent et futur pour les riverains des anciennes mines d’uranium est - même après « réaménagement par la COGEMA » - plusieurs centaines de fois supérieur à celui calculé par EDF pour les riverains des centrales nucléaires (soumis aux rejets radioactifs atmosphériques et liquides)

L’UNSCEAR estimait d’ailleurs en 1993 qu’à l’échelle mondiale, l’extraction de l’uranium représentait 47 % de la dose collective liée à l’ensemble de la filière de production d’énergie électronucléaire. L’analyse rigoureuse des coûts environnementaux et sanitaires liés à la production d’énergie électronucléaire ne doit plus faire l’impasse sur la première étape du cycle du combustible : l’extraction de l’uranium.

Au-delà de la situation sur le territoire français, il est de notre responsabilité collective de veiller à ce que les conditions d’extraction de l’uranium à l’étranger soient plus respectueuses de l’environnement et de la santé des travailleurs et des populations. Les premiers éléments récemment recueillis au Niger par la CRIIRAD et l’association SHERPA montrent que les filiales du groupe français COGEMA-AREVA exportent un savoir faire pour le moins discutable (eau de distribution dépassant les normes de l’OMS du fait de la contamination en uranium, stockage des résidus à l’air libre, dispersion de ferrailles contaminées, etc..).


Questions par Mail à bruno.chareyron@criirad.org

Informations complémentaires : voir le site www.criirad.org ou téléphoner au 0475418250

Encart 1 : la CRIIRAD

Le laboratoire de la CRIIRAD est un laboratoire indépendant des exploitants nucléaires, des partis politiques et de l’Etat. Il est géré par la CRIIRAD (Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la RADioactivité), association loi 1901, dont la raison d’être est d’informer les citoyens, élus, populations sur la radioactivité de leur environnement afin d’améliorer leur protection contre les effets des rayonnements ionisants sur la santé.

Créée en 1986 pour faire la lumière sur les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl, la CRIIRAD effectue des études radioécologiques et des expertises dans tous les domaines concernés par la radioactivité (naturelle, utilisée en médecine, liée à l’industrie nucléaire). La CRIIRAD a effectué depuis la fin des années 90 des expertises sur plus d’une dizaine de sites miniers uranifères en France et à l’étranger (Niger).

L’association a besoin de votre soutien, le nombre actuel d’adhérents (environ 4 000) est très insuffisant compte tenu de la masse des demandes de particuliers ou associations (soldats exposés à l’uranium appauvri, citoyens exposés aux retombées de Tchernobyl, propriétaires de terrains contaminés par l’industrie du radium, futurs acquéreurs de terrains proches de mines d’uranium, riverains de centrales nucléaires et usines de retraitement, patients soumis à des examens mettant en jeu des radionucléides, ONG étrangères confrontées à la toute puissance des filiales de COGEMA-AREVA, etc…).

Dans le domaine des mines d’uranium, le laboratoire de la CRIIRAD peut assister les particuliers, associations et collectivités locales. Des mesures préliminaires du niveau de radiation gamma peuvent être effectuées par les particuliers au moyen de
petits compteur Geiger (voir site CRIIRAD). Il est recommandé dans les régions où a été exploité l’uranium, de faire vérifier le niveau de radon dans l’air intérieur (vous pouvez contacter le service « radon » de la CRIIRAD, agréé par le Ministère de la Santé pour les dépistages radon et expertises radon dans les bâtiments recevant du public).

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Annexe 1 : liste des principales études du laboratoire de la CRIIRAD concernant l’impact de l’extraction de l’uranium.

Division minière de Vendée / Site de l’Écarpière / Pour la municipalité de Gétigné / Étude Juridique (1991) et Étude radioécologique (1992-1993).
– Division minière de Vendée / Site de l’Écarpière, La Baconnière, Le Chardon / Pour l’association Moine et Sèvre pour l’Avenir et sur fonds propres / Étude ponctuelle (1998-1999).
– Division minière de la Crouzille / Pour le Conseil Régional du Limousin et le Conseil Général de la Haute Vienne / Contre-expertise (1993 – 1994).
– Division minière du Forez / site des Bois Noirs Limouzat / Pour le Collectif des Bois Noirs (1996) et la municipalité de Saint-Priest-La-Prugne / Contre-expertise (2000 – 2003) / Subventions du Conseil Régional Rhône-Alpes, du Conseil Général de la Loire, et du Conseil Général de l’Allier.
– Division minière de l’Hérault (Lodévois) / Étude préliminaire / Sur fonds propres (2003) et avec une subvention du Ministère de l’Ecologie et du Développement Durable.
– Site de Saint-Pierre (Cantal) / Étude préliminaire / Pour l’association Nos Enfants et leur Sécurité (2003-2004).
– Division minière de la Crouzille / Mission d’assistance technique pour la définition des périmètres de protection de réserves en eau potable situées en aval d’anciennes mines d’uranium / Pour la Ville de Limoges (2004).

__________________

1 Par exemple, pour un adulte, l’ingestion de 1 Becquerel de polonium 210 entraîne une exposition interne de 1,2 microSieverts, soit une exposition supérieure à celle induite par l’ingestion de 1 Becquerel de plutonium 239 : 0,25 microSieverts (Arrêté du 1er septembre 2003 définissant les modalités de calcul des doses efficaces et des doses équivalentes résultant de l’exposition des personnes aux rayonnements ionisants). En revanche, l’activité spécifique du plutonium 239 (c’est-à-dire le nombre de becquerels par unité de masse) est plus de 100 000 fois supérieure à celle de l’uranium 238.
2 Ces modèles restent par ailleurs très critiquables tant en ce qui concerne l’évaluation du terme source, des voies de transfert et scenarii d’exposition, des facteurs de dose et des facteurs de risque, en particulier pour l’exposition interne chronique.

Avec l'autorisation des auteurs, source: http://www.criirad.org/actualites/uraniumfrance/Synthese_PDF/francais.pdf


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http://www.global-chance.org/IMG/pdf/gc34p12-13.pdf

Plutonium
et combustible MOX

Rédaction Global chance

Le plutonium

Le plutonium est un élément chimique de numéro atomique 94 et de symbole « Pu » qui n’existe dans la nature qu’en quantités infimes et qui est produit en quantités importantes dans le cœur des réacteurs nucléaires, à partir de l’uranium (numéro atomique 92 et symbole U).

Le plutonium produit dans les réacteurs est constitué d’un ensemble d’isotopes. Les uns, les plutoniums 239, 240, 241, 242, 243 sont produits à partir de la capture d’un neutron par un noyau d’U238 et l’isotope Pu238 est produit à partir de l’U235.

Comme l’U235, le Pu239 est fissile (le Pu241 également) et contribue à la réaction en chaîne dans le réacteur au fur et à mesure de sa création.

Du fait du rôle principal du Pu239 fissile, on oublie généralement les autres isotopes. Dans le cas d’un réacteur à eau et uranium enrichi, le Pu239 représente en poids 59 % du plutonium contenu dans le combustible usé et le Pu241, 11 %, ce qui porte à 70 % la proportion d’isotopes fissiles, soit plus des deux tiers du Pu total.

Si le Pu239 est sur le plan « pondéral » l’isotope majeur du plutonium produit dans le réacteur, il n’en va pas de même en termes de charge radioactive.

Tous les isotopes et composés du plutonium sont toxiques et radioactifs. La radioactivité d’une quantité de plutonium dépend de sa composition en différents isotopes, chacun ayant une « durée de vie » différente et un type différent d’émission de particules1.

Ainsi, le Pu239 a une « demi-vie » (temps au bout duquel la moitié de la quantité initiale de cet isotope s’est transformée) de 24 110 ans, tandis que celle de Pu241 est de 14,4 ans et celle de Pu238 de 87,7 ans.

Dans le plutonium couramment produit dans les réacteurs des centrales nucléaires, la radioactivité provient surtout de Pu241 (émetteur « bêta », électrons) et de Pu238 (émetteur « alpha », noyau d’hélium). De plus, le Pu241 se transforme en américium 241, émetteur « alpha » de 433 ans de demi-vie. L’activité massique très élevée du plutonium 238 produit, par absorption des « alpha » dans le combustible, un fort dégagement de chaleur.

Si des particules de plutonium sont inhalées ou ingérées, elles irradient directement les organes où elles se sont déposées : le poumon dans le cas d’une inhalation et dans le cas d’une ingestion le foie et les surfaces osseuses notamment. La période biologique du plutonium est très longue car l’élimination de 50 % de la charge de l’organisme nécessiterait 50 ans dans le squelette et 20 ans environ dans le foie. Il peut donc affecter l’ADN et provoquer des cancers.

Les installations industrielles traitant du plutonium (usines de retraitement, usines de fabrication de combustibles au plutonium, transports de plutonium) nécessitent des barrières de protection épaisses (béton, hublots épais…) pour se protéger des émissions de rayonnements « gamma » et « neutrons » (neutrons qui proviennent des réactions nucléaires dans l’oxyde de plutonium qui est la matière ouvragée) et du risque de criticité. Une dépression doit également être assurée afin d’éviter toute sortie accidentelle d’aérosols des zones actives.

En termes de radioprotection, la limite de dose annuelle induite par une activité nucléaire, fixée par les autorités de radioprotection pour le public (1 millisievert/an) peut se traduire en limite d’incorporation du plutonium par voie respiratoire ou digestive. Ce calcul donne, pour un adulte du public exposé à l’inhalation de Pu239, environ 1/100e de millionième de gramme (1/100e de microgramme).


Production et utilisation du plutonium

À la fin de leur utilisation dans le réacteur nucléaire d’une centrale électrique (après trois ou quatre ans environ), les combustibles irradiés sont stockés sous eau dans des « piscines » situées à proximité des réacteurs. Ils sont constamment refroidis par circulation d’eau afin d’évacuer la chaleur produite par la radioactivité des produits de fission et des transuraniens (dont le principal est le plutonium) qu’ils contiennent.

La solution adoptée dans la majorité des pays équipés de centrales nucléaires (États-Unis, Allemagne, Suède, Corée du Sud…) est de garder les combustibles irradiés en l’état, de les laisser dans les piscines de stockage, et, après quelques années éventuellement, dans des installations de stockage à sec, lorsque leur radioactivité et la chaleur qu’ils dégagent auront suffisamment diminué.

En France (La Hague) et au Royaume-Uni (Sellafield) par contre, le plutonium est extrait des combustibles irradiés dans une usine dite de « retraitement », aujourd’hui essentiellement à partir des combustibles de leurs propres centrales, mais aussi, dans le passé, pour des combustibles « étrangers » (Allemagne, Belgique, Italie, Japon2, Pays Bas, Suède, Suisse…).

La technique du retraitement consiste à séparer par voie chimique les trois grands composants du combustible irradié : uranium, plutonium, produits de fission et transuraniens (autres que le plutonium). Cette technique a été historiquement développée durant la seconde guerre mondiale pour la production de plutonium à des fins militaires (la « bombe atomique », également développée avec de l’uranium 235 obtenu par « enrichissement » de l’uranium naturel). Puis la production de plutonium a été poursuivie et amplifiée pour fournir du combustible à la filière des « surgénérateurs » : Phénix et Superphénix en France.


Le MOX

En parallèle à cette utilisation, un nouveau combustible a été imaginé pour se substituer au combustible classique à uranium enrichi en U235 (3,5 % contre 0,71 % dans l’uranium naturel) dans les réacteurs à eau ordinaire et uranium enrichi (PWR et BWR). Ce nouveau combustible, appelé MOX3 (oxyde mixte d’uranium et de plutonium : UO2-PuO2), contient de l’uranium appauvri en U235 et en moyenne 7 % de plutonium (5 à 12,5 % suivant la position dans le cœur)4. Superphénix ayant été définitivement arrêté et la filière abandonnée, le MOX s’est trouvé être le « débouché » pour une partie importante du plutonium produit par le retraitement (il reste cependant des quantités importantes de plutonium entreposées à l’usine de retraitement de La Hague, de l’ordre de 56 tonnes fin 2012, dont 37,8 t appartiennent à la France). Fin 2012, la France disposait d’un total de 52,5 tonnes de plutonium (La Hague, usine Mélox de fabrication du combustible MOX à Marcoule, combustible MOX neuf entreposé dans les réacteurs EDF, ainsi que sur le site de l’usine de fabrication de MOX à Marcoule).

Les combustibles MOX neufs et usés sont beaucoup plus chauds que les combustibles UO2 classiques. L’entreposage en piscine des combustibles MOX usés nécessite une compensation pour l’évaporation plus importante que celle des piscines qui contiennent des combustibles UO2. Enfin, le temps de séjour en piscine ou en stockage à sec des combustibles MOX usés est beaucoup plus long que celui des combustibles UO2 et ces combustibles ne sont pas retraités5 (il reste en fin de vie du combustible environ 6,7 % de plutonium pour un MOX à 8,65 %). On estime généralement qu’il faut entreposer 60 ans un combustible irradié à base d’uranium avant stockage définitif mais 150 ans un combustible MOX irradié. Durant l’entreposage sous eau, les piscines doivent être en permanence refroidies par des échangeurs.

Du combustible MOX est utilisé dans 22 réacteurs en France. Le rechargement annuel des réacteurs avec du combustible MOX est d’environ 7,4 tonnes par réacteur et par an. De 2006 à fin 2010, 740 tonnes de MOX ont été déchargées.

Fin 2011, l’entreposage dans les piscines de La Hague de combustibles irradiés issus des réacteurs à eau était de 9 709 tonnes, dont 1 140 tonnes de MOX. Fin 2012, la quantité de combustibles usés a atteint 9 790 tonnes. La capacité de ces piscines a été portée de 12 000 à 18 000 tonnes, après renforcement de la protection neutronique des « paniers » contenant les combustibles.

Du combustible MOX avait été chargé récemment dans des réacteurs japonais, dont le réacteur 3 de la centrale de Fukushima au Japon (32 assemblages MOX sur 548), aujourd’hui très gravement accidenté. L’exploitant TEPCO estime qu’environ70 % du combustible du réacteur n° 3 a fondu.

1 - Les isotopes du plutonium sont des émetteurs alpha à 100 % à l’exception du plutonium 241 qui est un émetteur bêta pratiquement « pur » (émission additionnelle alpha de 2,3 millième de %).
2 - Après le démarrage d’une usine de retraitement pilote d’une capacité de 100 t/an (Tokai Mura) en 1977, le Japon devait également démarrer à Rokkasho une usine de retraitement construite depuis avril 1993 par Japan Nuclear Fuel Limited (JNFL) avec l’appui industriel d’AREVA. Ce complexe industriel produirait du combustible MOX à partir du plutonium fourni par l’usine de retraitement (800 t/an). Cette construction a connu de nombreux retards et son coût a été multiplié par plus de trois (de 8 à 29 milliards de dollars). Les premiers tests de retraitement ont démarré en avril 2006 mais de nombreux problèmes techniques sont apparus. Les reports de démarrage se sont multipliés et il était question récemment de mi-2015.
3 - Les surgénérateurs fonctionnent aussi avec un MOX dont le contenu en Pu est beaucoup plus élevé (>20 %).
4 - La teneur moyenne en plutonium est égale à 7,08 %, pour un cœur chargé à 30 % par du MOX, avec un renouvellement par tiers de cœur. Cette teneur moyenne passe à 8,65 % pur un renouvellement par quart de cœur. Elle devrait passer à 9,5 %. La teneur maximale d’un assemblage est de 12 %.
5 - Entre 1998 et 2009 les usines de La Hague ont retraité 68,5 tonnes de MOX alors que dans le même temps, 12 445 tonnes de combustibles UO2 ont été retraitées. Le retraitement des MOX ne concerne que 0,55 % de l’ensemble des combustibles retraités et n’a été effectué qu’à titre de démonstration de la faisabilité technique.


Avec l'autorisation des auteurs, source : http://www.global-chance.org/Le-casse-tete-des-matieres-et-dechets-nucleaires#sommaire


plus de liens :
Mycle Schneider : Les défis non relevés de la stratégie française du plutonium
Frank von Hippel : Panorama international - nature et origine de l’impasse plutonium et quelques options de sortie
Jean-Claude Zerbib & André Guillemette : Les combustibles MOX d’EDF : Radiotoxicité et bilans thermiques, production ...
Greenpeace France :
http://www.greenpeace.org/france/fr/campagnes/nucleaire/fiches-thematiques/retraitement-et-plutonium/


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http://www.sortirdunucleaire.org/Uranium-appauvri-un-tueur-meconnu,551

Uranium appauvri : un tueur méconnu


Depuis quelques décennies, plusieurs pays ont recours aux armes à l’uranium appauvri (UA). Très chimiotoxique, ce sont aussi de puissantes armes radiologiques. Malgré les dangers qu’elles représentent, leur utilisation est encore légale. Revenons sur les dangers et les impacts de ces armes terribles.


Les armes à l’uranium appauvri, c’est quoi ?

L’uranium appauvri (isotope U238, abréviation « UA ») est un sous-produit de l’enrichissement de l’uranium et du traitement du combustible usé. Il ne possède pas les propriétés nécessaires pour être utilisé dans un réacteur mais cela ne le rend pas moins dangereux, bien au contraire. Cette substance est très toxique. Par ailleurs, de tous les éléments radioactifs, l’uranium appauvri est celui qui reste radioactif le plus longtemps, avec une demi-vie de 4,47 milliards d’années.

L’uranium appauvri est utilisé dans l’armement pour ses propriétés physiques. Étant un métal lourd, il est d’une efficacité redoutable pour transpercer les parois des chars blindés et des tanks. Il est tellement dur qu’il ne se déforme pas lorsqu’il entre en contact avec sa cible. On peut comparer cette pénétration à celle d’un caillou dans l’eau.

Arsenal militaire à l’uranium appauvri

Au contact de sa cible, l’uranium s’enflamme, relâchant en grande quantité de minuscules particules radioactives. Transportées par le vent, ces particules peuvent se retrouver dans l’eau, le sol, les nappes phréatiques… contaminant tout l’environnement.

L’usage de l’uranium appauvri vient une nouvelle fois contrecarrer le mythe d’une frontière imperméable entre le nucléaire militaire et le nucléaire civil. En effet, l’uranium appauvri utilisé pour la fabrication d’obus-flèches provient de la filière civile, et notamment des étapes d’enrichissement et retraitement du combustible. L’armement est un débouché bien utile pour se débarrasser de cette matière encombrante !

L’UA équipe aujourd’hui les chars Leclerc. En France, deux sites militaires accueillent les essais d’obus à l’uranium appauvri : à Bourges (Cher,) les essais se font en plein air, tandis qu’ à Gramat (Lot), les tirs d’obus ont lieu dans des cavités souterraines . La Direction Générale de l’Armement assure qu’il n’y a aucun risque de contamination de l’air et des nappes phréatiques mais le secret défense entourant ces essais ne permet pas d’en être certain.


Où ces armes ont-elles été utilisées et quand ?

Ces armes ont d’ores et déjà fait beaucoup de victimes sur la planète, ayant été utilisées dans de nombreux conflits. En Ex-Yougoslavie (Bosnie, Serbie, Kosovo), pendant le conflit qui a entraîné une intervention des forces de l’OTAN. En Irak, pendant la Guerre du Golfe de 1991 et pendant l’intervention américaine de 2003 justifiée par la prétendue présence d’ "armes de destruction massive". On soupçonne aussi les États-Unis d’avoir utilisé des armes à l’uranium appauvri en Afghanistan.

Tank de l’armée américaine, lors de la première guerre du Golfe

De plus, il y a de fortes suspicions d’utilisation d’UA pendant la guerre du Liban par l’armée israélienne. On estime que 140 000 kg d’uranium appauvri auraient été utilisés dans ces conflits avant 2004.


Quels sont les impacts des armes à l’uranium appauvri ?

Les propriétés chimiques et radiologiques de l’uranium appauvri ont des impacts désastreux sur l’environnement et les êtres humains. La contamination à l’uranium appauvri se fait quasi exclusivement de manière interne, car le rayonnement émis par l’UA est de type alpha, et donc très court. Ainsi, il y a trois voies majeures de contamination, par inhalation, ingestion ou lésion cutanée. C’est l’inhalation de particules qui est la plus dangereuse pour les êtres vivants.

Étant à la fois chimiotoxique et radiotoxique, l’uranium appauvri atteint les reins, les poumons, le squelette, les organes reproducteurs, la thyroïde, les muscles, les ganglions lymphatiques ainsi que le système neurologique. Les types de pathologies observées sont principalement les cancers (dont leucémies) et les malformations congénitales. Les effets ne sont pas les mêmes selon l’intensité et la durée d’exposition, mais aussi selon la nature physique et chimique de l’uranium appauvri, qui peut varier d’un obus à l’autre. En outre, les enfants sont beaucoup plus vulnérables aux effets de l’uranium appauvri. Même une faible dose peut avoir des effets. La Commission Internationale de Protection Radiologique a été obligée d’admettre officiellement que, si le risque augmente en fonction de la dose reçue, il n’existait pas de seuil d’innocuité.

On observe ces pathologies chez les populations victimes de bombardements à l’uranium appauvri, mais aussi chez les vétérans des conflits irakiens, des Balkans ou encore d’Afghanistan.

Une arme qui ne respecte pas le Droit International Humanitaire

Malgré leur incroyable dangerosité, les armes à l’uranium appauvri sont toujours « légales », bien qu’elles ne remplissent aucun des critères du droit international humanitaire, censé définir ce qui est « acceptable » lors d’un conflit. Tout d’abord parce qu’on ne peut pas limiter les effets de l’uranium appauvri au champ de bataille. Avec le vent, les particules radioactives sont dispersées dans l’environnement et ne peuvent être circonscrites à un lieu donné. Cette dispersion peut donc atteindre des cibles dites « illégales » : les civils, voire les pays voisins qui ne sont pas en guerre.

Deuxièmement, l’UA continue d’avoir des effets sur l’environnement et la population même après la fin du conflit. Rappelons qu’il faut 4,47 milliards d’années pour qu’il perde la moitié de sa radioactivité ! Il continue donc d’agir pendant des laps de temps impossibles à se représenter à l’échelle humaine. _ En outre, procéder à un nettoyage des lieux contaminés apparaît complètement irréel au vu de la volatilité des particules, et l’UA continue à tuer, même des centaines d’années après la fin d’un conflit, quand plus aucun belligérant n’est encore en vie…

Organisation des Nations Unies, New York

Au regard des effets de l’UA sur l’être humain, on ne peut qualifier cette arme « d’humainement acceptable ». Elle provoque des cancers, des leucémies, des fausse-couches, des malformations congénitales, des maladies des reins. Mais le plus inhumain ici vient du fait qu’en s’attaquant à l’ADN, l’uranium appauvri met en péril le capital génétique des personnes et détruit donc à petit feu des populations entières. De génération en génération, les effets s’accumulent… Son utilisation constitue un crime contre l’humanité. Enfin, les effets de l’UA sur l’environnement peuvent être considérés comme irréversibles tant ils perdurent dans le temps et sont néfastes. Les eaux, les terres agricoles, l’air et, au final, toute la chaîne alimentaire sont contaminés. Des effets pour l’éternité…

Les armes à l’uranium appauvri devraient donc être considérées comme illégales. Mais pour un arrêt définitif de leur utilisation, il faudrait que les instances internationales se saisissent du problème. Or le chemin à parcourir est encore très long. D’autant plus que cela sous-entendrait que les pays utilisateurs de ces armes doivent procéder à la décontamination des zones où ils ont utilisé l’UA et au dédommagement des victimes. Les sommes à débourser sont tellement colossales que rendre illégale l’utilisation de l’UA serait difficile à assumer financièrement pour les pays utilisateurs… Au détriment de vies humaines.


Les nouvelles révélations sur l’usage de l’uranium appauvri en Irak

Depuis 1959, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) est liée à l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA) par un accord qui lui interdit de publier des rapports qui concernent la radioactivité, sans l’aval de cette dernière. De ce fait, aucun des rapports « critiques » de l’OMS sur les armes à l’uranium appauvri n’a jamais été publié.

Pour la première fois en 2011, une prestigieuse revue médicale, l’International Journal of Environmental Research and Public Health, publiait des données sur les conséquences de l’usage d’armes chimiques par l’armée américaine en Irak, et plus particulièrement d’armes à l’uranium appauvri. Les chercheurs font le lien entre les assauts de l’armée – dont la terrible opération militaire Phantom Fury de 2004 – à Falloujah et la croissance brutale des cancers, la hausse spectaculaire des fausse-couches, des naissances prématurées, et des malformations congénitales.

Les armes utilisées dans ces combats contiennent des substances chimiques comme le phosphore, le napalm, et l’uranium appauvri. C’est sur ce dernier que se concentrent plus particulièrement les études.

Le bilan humain de ces assauts ne peut être définitif, et ne le sera jamais, l’uranium appauvri provoquant des modifications génétiques irréversibles et qui s’accumulent dans le temps. Les Irakiens vont continuer de subir les détériorations de leur patrimoine génétique au fil du temps…

Mais de nouveaux chiffres sur les effets de l’uranium appauvri sur la population irakienne ont récemment été dévoilés. Des médecins de l’hôpital de Falloujah ont observé une croissance très inquiétante du nombre de bébés naissant avec des malformations congénitales : celles-ci y concerneraient 144 naissances sur 1000, soit 14,4%. Ce taux est normalement inférieur à 2%, explique le docteur Alaani, qui étudie ce phénomène depuis de nombreuses années à Falloujah. Afin d’alerter la communauté internationale sur ces crimes, et de demander à l’Organisation Mondiale de la Santé de révéler ces nouvelles informations, elle a lancé une pétition :

Le Docteur Samira Alaani, à l’hôpital de Falloujah

« Je suis le Docteur Samira ALAANI, je suis pédiatre à l’Hôpital Général de Falloujah. Dans les années qui ont suivi les attaques des forces américaines sur notre ville, mes collègues et moi avons remarqué une augmentation horrifiante du nombre de bébés nés avec des malformations congénitales graves : spina bifida, anomalies cardiaques et des malformations auxquelles je ne peux même pas donner de nom. Beaucoup ne survivent pas. Pour ceux qui survivent, nous leur procurons des soins tant bien que mal avec le peu de ressources dont nous disposons.

Je travaille comme pédiatre à Falloujah depuis 1997, et c’est depuis 2006 que j’ai remarqué ce problème, nous avons alors commencé à enregistrer ces cas. Nous nous sommes rendus compte que sur 1000 naissances, 144 bébés présentaient des malformations. Nous sommes convaincus que, même aujourd’hui, ces cas sont liés à la contamination provenant des conflits dans notre ville il y a plus de dix ans maintenant. Ce phénomène n’est pas unique à Falloujah : les hôpitaux dans tout le Gouvernorat d’alAnbar ainsi que d’autres régions d’Irak constatent une hausse similaire. Tous les jours je vois les ravages que cette peur inculque aux futures mères et à leurs familles. La première question que l’on me pose lorsqu’un enfant naît n’est pas "Est-ce une fille ou un garçon ?" mais "Mon bébé est-il en bonne santé ?" Lorsque j’ai entendu que le Ministère de la Santé Irakien et l’Organisation Mondiale de la Santé (l’OMS) allaient faire des recherches, cela m’a donné une lueur d’espoir. Je savais que cela ne ferait que confirmer ce que nous savions déjà : que le nombre de malformations congénitales avait augmenté, mais je pensais aussi que cela pousserait l’Irak et la communauté internationale à agir.

La recherche est maintenant terminée et on nous avait promis que le rapport serait publié début 2013 ; mais nous voici six mois plus tard et l’OMS vient d’annoncer de nouveaux délais. Nous sommes inquiets que cela soit du à un problème d’ordre politique et non pas scientifique. Nous avons déjà attendu des années que la vérité éclate et mes patientes ne peuvent plus continuer comme cela. L’OMS a une autre option. Que les données soient publiées dans une revue à libre accès pour un examen indépendant par des pairs. Ce procédé serait rapide, rigoureux et transparent.

Mes patientes ont besoin de savoir la vérité, elles ont besoin de savoir pourquoi elles ont fait une fausse couche, elles ont besoin de savoir pourquoi leurs bébés sont si malades et par-dessus tout, elles ont besoin de savoir que l’on est en train de faire quelque chose pour y remédier. Le Ministère de la Santé Irakien et l’OMS se doivent de publier ces données et de nous fournir des réponses.

Je vous demande de signer cette pétition et de prouver que le reste du monde n’a pas oublié le peuple d’Irak ».

Signez la pétition sur change.org

Dernière mise à jour : septembre 2013

Avec l'autorisation des auteurs, source : http://www.sortirdunucleaire.org/Uranium-appauvri-un-tueur-meconnu,551

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Documentaires historiques sur l’utilisation de l’énergie nucléaire en France


Toute une série de documents audiovisuels sur le lancement de l’industrie nucléaire en France a été mise en ligne par l’Ina (www.ina.fr). L’Ina est « une entreprise publique culturelle de l'audiovisuel chargée de la sauvegarde, de la valorisation et de la transmission de notre patrimoine audiovisuel. »

Ces films sont des documents historiques qui racontent comment s’est fondée la France nucléaire. Aujourd’hui, cinquante ans plus tard, ils ont un peu l’allure de films de propagande. C‘est la version officielle du développement du nucléaire.

Il est intéressant aussi de rappeler que la course à l’atome en France avait commencé bien avant la crise pétrolière. C’est en 1945 que de Gaulle a créé le Commissariat à l’énergie atomique (CEA)et n’oublions pas que c’est dans les années 1950-1960 que les premiers réacteurs nucléaires ont été construits (Marcoule, Chinon, St Laurent).

Certaines vidéos montrent que la mise en place a connu une assez forte opposition (manifestations à Fessenheim…déjà, Braud en 1975, la manifestation de Creys-Malville de 1977 qui se termina si tragiquement, la candidature de l’écologiste René Dumont aux présidentielles de 1974, etc.). Mais la mobilisation des opposants n’a jamais impressionné le gouvernement et derrière lui l’industrie nucléaire.

Déjà à l’époque on entendait répéter les mêmes arguments qu’aujourd’hui en faveur du choix nucléaire : la fameuse indépendance énergétique de la France, la garantie de nombreux emplois, une énergie compétitive, et (au moins jusqu’à Fukushima) un taux de sûreté excellent.

Si ces documents peuvent nous sembler un peu naïfs, gardons-nous cependant de sourire de ce « passé ». En effet, nous sommes actuellement prisonniers de ce passé. Nous sommes pris dans un piège que nous avons contribué – certains avec beaucoup d’enthousiasme – à construire au cours des dernières décennies.

Le développement du nucléaire dans le domaine militaire (Force de Frappe; premiers essais atmosphériques de bombes atomiques en Algérie en 1960/61) a suivi l’utilisation dite « civile » dont la crise pétrolière de 1973 avait favorisé le lancement.

Aujourd’hui la France est le pays le plus dépendant de l’énergie atomique.


Link 1 :
Nucléaire français: les débuts
Euratom, la révolution de demain – Marcoule – Nous avons visité (Marcoule) – 1945-1965: le 20è anniversaire du CEA (27 000 savants et techniciens) etc.
Dix-sept vidéos sur l‘ « avenir prometteur de puissance et de bien-être » que le nucléaire annonçait pour la France.
http://www.ina.fr/contenus-editoriaux/articles-editoriaux/nucleaire-francais-les-debuts


Link 2 :
1974 : lancement du nucléaire civil en France
En 1974, c’est le premier choc pétrolier. La France dont la politique énergétique est fondée sur le pétrole, prend peur et se lance dans le tout-nucléaire.
La France nucléaire : Début de l’ère atomique – Visite de de Gaulle à Marcoule – Avoine, 1961 – Georges Pompidou visite Cadarrache et Pierrelatte – L’état du nucléaire en 1973
Le choix du tout-nucléaire : Pierre Messmer, 1973/1974 – Braud Saint Louis, 1974 – La liste des centrales à construire, 1974 – Eurodiff, usine pour le retraitement de l’uranium, 1973 – Super-générateur de Marcoule, 1977 – Playlist des 13 nouvelles centrales
L’opposition s’organise : Valéry Giscard d'Estaing à Pierrelatte, 1977 – la population s’interroge à Port-la-Nouvelle 1974 – Fessenheim mai 1975 – René Dumont mars 1974 – Manifestation de Braud mai 1975 – heurts de Creys-Malville 1977 – Jacques Monod 1975 – Bugey mise en service, décembre 1979
http://www.ina.fr/contenus-editoriaux/articles-editoriaux/1974-lancement-du-nucleaire-civil-en-france


Link 3 :
Centrales nucléaires du plan de 1974 – Braud St. Louis, etc.
http://www.ina.fr/playlist-audio-video/1754217/centrales-nucleaires-du-plan-de-1974-playlist.html
Cette page contient également 19 autres petits reportages sur diverses centrales françaises


Link 4 :
Présidents français et nucléaire – De Gaulle, etc.
http://www.ina.fr/playlist-audio-video/1754219/presidents-francais-et-nucleaire-playlist.html
18 vidéos (jusqu’aux derniers présidents)


Link 5 :
Fessenheim (une quarantaine de liens)
http://www.ina.fr/recherche/search?search=fessenheim&vue=Video&x=13&y=12


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